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Institutions européennes : à concours exigeant, formations sur mesure

5 oct. 2018, PAR Acteurs Publics
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Le campus de Natolin (Pologne) du Collège d’Europe. - © Vinour/GFDL

Pour préparer aux très sélectifs concours d’administrateur des institutions européennes, les écoles du Vieux Continent ont adopté des méthodes différentes. À ce jeu, une institution française obtient d’excellents résultats.


Une mission quasi impossible ? En 2017, près de 35 000 candidats ont passé le concours d’administrateur de 5 des institutions européennes, le niveau hiérarchique d’entrée aux fonctions d’administrateur. À la fin de la sélection, ouverte aux bac + 3, ils n’étaient que 126 admis. Soit un famélique taux de réussite de 0,36 %. Les résultats étaient un peu plus élevés aux autres concours organisés par l’Office européen de sélection du personnel (Epso), concernant les assistants et les traducteurs-interprètes.

Créé en 2002 pour recruter les milliers de fonctionnaires européens provenant des nouveaux pays membres (les pays baltes, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la République tchèque et la Hongrie), ce concours très exigeant s’est transformé à partir de 2008. Au placard les QCM sur les connaissances européennes et la traditionnelle dissertation, le nouveau format se déroule en trois étapes. La première comporte des tests de raisonnement abstrait, verbal et numérique à passer de chez soi, la deuxième consiste en plusieurs tests analysant les compétences managériales des sélectionnés, avant la dernière ligne droite des entretiens devant jury. Et last but not least, la réussite aux épreuves de ce parcours du combattant s’étalant sur plusieurs mois ne garantit pas un poste, mais une inscription sur une liste de réserve dans laquelle les administrations européennes viennent piocher lorsqu’un poste se libère. 

Tests contre-intuitifs

Loin des happy few, 97 % des candidats au concours d’administrateur échouent dès la première étape. Sophie Brocard, ambassadrice Epso des carrières européennes à Panthéon-Paris et étudiante en master, explique que les tests sont contre-intuitifs pour les Français, mais qu’avec une sérieuse préparation, il est possible de les réussir. “Il s’agit d’acquérir des automatismes intellectuels, et travailler deux-trois heures quotidiennes pendant six semaines permet de maîtriser les différents raisonnements”, conseille-t-elle.

Quelles sont les meilleures formations européennes à ces concours ? Interrogée à ce sujet, la Commission européenne a refusé de nous communiquer les statistiques sur les parcours des admis. Une cinquantaine de masters sont spécialisés dans les études européennes et quelques-uns proposent des modules de préparation aux concours Epso d’administrateur.

Au sommet des formations phares, trône l’École nationale d’administration (ENA). Sur les 13 lauréats français de la session 2017, l’école nous indique que 7 ont été formés par ses soins. Si l’on ajoute les candidats étrangers, ce sont au total 28 candidats préparés par l’ENA qui ont été admis. “L’établissement a mis en place un centre d’excellence dédié depuis 2003 et référencé par l’Epso, l’organisme chargé des concours à la Commission européenne, souligne Benjamin Demière, responsable du service de préparation aux concours des institutions européennes. Nous accompagnons les candidats, d’où qu’ils viennent et sans aucune sélection préalable.” Dès le début de l’année scolaire, la préparation se fait sur l’ensemble des épreuves, en semaine ou en soirée, avec des sessions plus intenses d’un à trois jours (compter 150 euros par journée). L’ENA a noué des partenariats institutionnels avec plusieurs universités françaises et étrangères.

Éditeurs spécialisés

“L’objectif est d’aborder la méthodologie très spécifique à chacun des tests et d’entraîner les candidats à être le plus efficaces possible car le jour J de la première phase, devant son ordinateur, chaque seconde compte, ajoute Benjamin Demière. Nous nous appuyons sur du coaching personnalisé car c’est à chaque candidat de trouver la méthode de résolution qui lui convient.”

Les élèves peuvent également se préparer en potassant des ouvrages spécialisés. Éditeur de 8 livres de référence sur les concours des institutions européennes, Orseu a vu ses ventes augmenter de 20 % l’an dernier avec 13 000 exemplaires écoulés et va plus loin dans son appui aux candidats. “Nous proposons des formations en deux temps, tout d’abord avec nos livres et les cours sans tenir compte du chronomètre, puis en encourageant les candidats à passer les épreuves montre en main sur leur ordinateur”, explique Emmanuel Hétru, directeur d’Orseu. Il indique que, sur les 276 personnes ayant répondu à un sondage maison en fin d’année dernière, un total de 9,4 % ont réussi les concours Epso d’administrateur dont les résultats viennent de sortir.

Fournisseur historique de fonctionnaires européens, le Collège d’Europe, fondé en 1949, est le creuset des élites du Vieux Continent. À Bruges, où elle est installée, la vénérable institution accueille chaque année 340 élèves titulaires d’un bac + 5 triés sur le volet et choisis par chaque pays. Le Collège a aussi ouvert un campus en 1992 à Natolin, en Pologne, qui compte 120 élèves. “Sur les deux campus, une dizaine de candidats ont réussi le concours d’administrateur l’an dernier, commente Jörg Monar, le recteur du Collège d’Europe. Mais intégrer les institutions européennes n’est plus le premier choix pour bon nombre de nos élèves.” La moitié des étudiants des dernières années travaillent dans des structures publiques, 26 % au sein des institutions européennes et des agences et les autres dans des structures régionales, nationales et internationales. Avec un programme très chargé durant l’année d’études et plus de 200 professeurs visiteurs, le Collège d’Europe réserve deux week-ends de formation intense aux concours Epso, un pour chaque étape. Les futurs candidats peuvent aussi suivre des modules sur les capacités de présentation, utiles pour les entretiens.

“Hub varsovien”

Le campus de Natolin a créé l’an dernier des sessions pour aider ses candidats à identifier leurs faiblesses sur les tests verbaux et numériques et à y remédier. Le côté managérial, mis en avant dans la formule actuelle du concours, n’est pas laissé de côté. “Nous avons aussi introduit des cours sur la gestion de débats et la manière de mener des négociations, des qualités nécessaires pour réussir la dernière épreuve des entretiens face au jury, explique Lukasz Dobromirski, directeur des affaires étudiantes. Le Collège d’Europe de Natolin attire de plus en plus d’étudiants réalisant qu’ils ne peuvent envisager de carrière européenne sans connaître l’Europe centrale et du Nord.” Autre avantage, la présence de l’agence Frontex (qui gère les frontières européennes) non loin de là, à Varsovie. “L’an dernier, un étudiant sur 10 a rejoint les rangs de Frontex, ce qui lui permettra par la suite de passer les concours internes », ajoute Lukasz Dobromirski, qui n’hésite pas à parler de “hub varsovien” comme il y a un “hub bruxellois”.

Site historique du Parlement, de la Commission et du Conseil, la capitale belge abrite aussi une des formations d’excellence pour intégrer ces institutions. “L’Institut d’études européennes, rattaché à l’ULB, a placé 30 % des diplômés dans les institutions européennes entre 2003 et 2015”, précise Ramona Coman, la directrice de la formation. Au-delà des préparations spécifiques au concours, “les étudiants sont socialisés dans un environnement similaire à celui des institutions européennes”. Un point essentiel, car la grande majorité des anciens étudiants vont travailler dans l’environnement communautaire, que ce soit dans le privé ou dans des organismes publics, très présents à Bruxelles.

Jean-Bernard Gallois