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Sciences Po veut lever 100 millions d’euros d’ici 2022 pour se diversifier

9 oct. 2018, PAR Emile Marzolf
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© Florence Durand/SIPA

L’institut d’études politiques de Paris a lancé, lundi 8 octobre, une grande campagne de collecte de fonds pour “soutenir l’ambition de Sciences Po de se réinventer pour les prochaines générations”. Elle doit aboutir en 2022.


À l’occasion de son gala annuel, lundi 8 octobre, Sciences Po Paris a lancé une ambitieuse campagne de levée de fonds. L’établissement public d’enseignement des sciences politiques et sociales espère ainsi lever 100 millions d’euros d’ici 2022, date anniversaire de sa fondation par Émile Boutmy il y a cent cinquante ans. Et date à laquelle l’institution entend inaugurer son nouveau campus sur le site de l’Artillerie.

Un investissement important. C’est précisément à cet emménagement que devront servir une partie des fonds collectés. Situé à deux pas du site historique, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, ce campus s’étendra sur 14 000 m² et comprendra, entres autres, un espace dédié à l’entreprenariat et à l’innovation, une grande bibliothèque et deux nouvelles salles informatiques.

Poursuivre la diversification de l’institution

Cette campagne, qui s’adresse aussi bien aux entreprises qu’aux particuliers, devrait permettre, en plus de financer l’aménagement du site de l’Artillerie, de poursuivre un certain nombre de chantiers que l’institution a initiés ces dernières années. Il s’agira en particulier d’approfondir ses efforts en matière d’égalité des chances, en réaffirmant “l’engagement d’accueillir les talents les plus divers”. Aujourd’hui, 30 % de ses élèves bénéficient d’une aide sociale de sa part (soit 10,5 millions d’euros). De nouveaux outils seront acquis pour faciliter l’intégration des personnes handicapées.

Il est également question de s’ouvrir à de nouvelles disciplines, pour articuler son “expertise en sciences humaines et sociales avec les sciences du vivant et les sciences dures”. Une articulation qui passera par la création de nouvelles chaires au carrefour de plusieurs disciplines, comme la chaire “Good in tech” avec l’Institut Mines-Télécoms et la chaire d’écrivain en résidence, ainsi que par la création de nouveaux programmes d’enseignement.

Autre objectif : l’extension de la présence de Sciences Po à l’international, “avec l’Afrique comme horizon prioritaire”, où l’institution a déjà ouvert une antenne au Kenya en début d’année. Ce renforcement international doit se faire à travers un programme de bourses d’excellence et de fonds de mobilité et la conclusion de nouveaux partenariats avec des établissements étrangers.

Des levées de fonds depuis 2008

Sciences Po n’en est pas à son coup d’essai. L’institution s’est dotée, dès 2008, d’une direction chargée des levées de fonds pour mener un premier programme de collecte entre 2008 et 2013. Durant ces cinq années, ce ne sont pas moins de 40 millions d’euros qui ont été réunis. Un dispositif que l'institution a perpétué les années suivantes. En 2017, elle a notamment collecté 12,8 millions d’euros à travers les mécénats et les partenariats d’entreprises (58 % du total), des financements de fondations (21 %) ou des dons de particuliers (21 %), principalement des anciens élèves. Les chiffres ont nettement progressé depuis 2014, année durant laquelle Sciences Po n’avait levé que 5,2 millions d’euros, après quoi elle a levé 5,7 millions en 2015 et 6,3 millions en 2016.

Si la majeure partie de ces dons proviennent de l’Hexagone, l’école trouve également de généreux donateurs par le biais de ses structures basées à l’étranger, au Royaume-Uni et aux États-Unis. L’US Sciences Po Foundation a ainsi levé près de 560 000 dollars l’an dernier quand la Sciences Po Alumni Charity UK Trust a récolté 75 000 livres sterling auprès de ses anciens élèves britanniques.

Ressources en hausse constante

L’institution n’a pourtant pas de quoi s’apitoyer. Ses ressources n’ont cessé de croître ces dernières années, y compris celles en provenance de l’État. Les subventions publiques sont ainsi passées de 36 millions d’euros en 2000 à 69,4 millions d’euros en 2017, pour un budget total de 188 millions d’euros, dont 62 millions proviennent des droits d’admission et de scolarité.

Dans le même temps, les efforts mis en œuvre par l’école pour trouver de nouvelles sources de financements ont contribué à réduire significativement la part de la dotation publique dans ses ressources, celle-ci ayant chuté de 66 % en 2000 à seulement 37 % l’an dernier. Le gros de ses ressources provient des droits d’admission et de scolarité (33 %).

Avec cette nouvelle campagne de financement d’une ampleur inédite, l’institution entend donc passer à la vitesse supérieure. Une première “phase silencieuse” lui aurait déjà permis de lever 47 millions d’euros, dont 37 millions ont déjà été collectés.