Quantcast

Evaluer la performance sociale

20 oct. 2017, PAR
  • 04
    MIN
Dans le champ associatif, le recours croissant à la mesure de l’impact social (MIS) constitue une tendance de fond. La MIS rassemble l’ensemble des outils et des méthodes qui permettent de documenter la performance sociale d’un dispositif grâce à l’évaluation des changements qu’il a généré sur ceux qui en ont bénéficié.

Sous cette expression technique se cache une démarche de plus en plus naturelle pour les associations : évaluer les effets des services qu’ils rendent à la société. Selon le Baromètre de la mesure d’impact social publié par KPMG[1], 41% des acteurs de l’économie sociale et solidaire et 35% de leurs financeurs ont déjà mené des démarche de MIS et  27% des acteurs et 30% des financeurs qui ne l’ont pas encore fait envisagent de mesurer leur impact dans un futur proche.

Dans un contexte de réduction à long terme des dotations de l’Etat et alors que les associations assurent pour le compte des collectivités des pans entiers de l’action sociale (maisons de retraite, aides à la personne,  insertion professionnelle…), trois raisons devraient inciter les décideurs publics locaux à encourager activement le développement de la MIS auprès de leurs partenaires associatifs.

Premièrement, ce type de démarches est de nature à favoriser la transparence de la dépense publique. Les évaluations fournissent des informations sur les bénéfices que produisent les opérateurs associatifs avec les subventions qui leur sont accordées mais, alors que d’autres méthodes s’intéressent aux moyens (par exemple le nombre et le coût des contrats aidés), la MIS met l’accent sur les résultats (le taux de personnes durablement réinsérées et les coûts évités pour la collectivité). 

De plus, les évaluations d’impact permettent de construire un discours de la preuve sur l’efficacité des opérateurs sociaux. Une étude récente sur les micro-crédits offerts par l’Adie tend ainsi à prouver qu’1€ investi dans le financement des créateurs d’entreprise n’ayant pas accès au crédit bancaire rapporte, au bout de deux ans, 2,38 € à la société[2]. Pour les décideurs publics, les résultats des évaluations sont autant d’arguments pour expliquer aux citoyens le bien-fondé d’un choix politique et pour leur rendre des comptes sur leur action.

Enfin, en fournissant des données fines sur les effets des différents programmes en fonction des types de bénéficiaires, la MIS permet d’adapter l’accompagnement aux besoins sociaux. C’est un outil d’aide à la décision qui facilite l’identification de l’intervention la plus appropriée au public visé et les moyens d’en accroître la performance.

Si la MIS est dans l’air du temps, c’est aussi parce qu’elle est au cœur de l’expérimentation nationale des Contrats à impact social (CIS), inspirés des Social impact bonds anglo-saxons[3], qui reposent sur une logique de financement au résultat. Un investisseur verse à un opérateur (bien souvent, une association) les fonds lui permettant de mettre en œuvre un programme à vocation sociale. Les capitaux engagés et les intérêts sont ensuite remboursés par l’acteur public – Etat ou collectivité locale – si  et seulement si les objectifs fixés par le contrat initial sont atteints. L’évaluation des résultats du programme sur ses bénéficiaires par un évaluateur indépendant, principe fondamental du CIS, conditionne le remboursement du financeur privé par la puissance publique.

En pratique, l’évaluation sous toutes ses formes suscite fréquemment des réticences dans le monde associatif, au sein duquel elle peut être interprétée comme un dispositif de contrôle supplémentaire et donc une contrainte. Dès lors, il est primordial que les indicateurs et la méthode d’évaluation fassent l’objet d’un consensus entre les parties prenantes avant même le début du programme en cause.

Les collectivités locales ont les moyens de prescrire des démarches de mesure d’impact social. Une fraction des fonds alloués dans le cadre d’une subvention peut y être expressément dédiée. La MIS peut également être prévue dans les dispositions d’une délégation de service public à une association. Les collectivités peuvent aussi utiliser leur pouvoir d’influence dans les conseils d’administration de leurs associations partenaires pour acculturer les administrateurs à la mesure d’impact.

Renforcement de l’expertise, création d’outils de mesures pour expérimenter de nouveaux modes d’intervention, valorisation de l’action auprès de leurs parties prenantes … la MIS a fort à apporter au monde associatif ! Son intérêt réside aussi en ce qu’elle favorise un nouveau mode de partenariat dominé par la confiance entre elles et les collectivités qui les soutiennent et les financent.

Françoise Larpin, Associée, Directrice nationale KPMG Secteur public

 


[1] Baromètre de la mesure d’impact social, KPMG, février 2017

[2] Etude Retour social sur investissement (SROI) de l’Adie 2016, KPMG

[3] Social Impact Bonds, un nouvel outil pour le financement de l’innovation sociale, Benjamin Le Pendeven, Yoann Nico, Baptiste Gachet, Note de l’Institut de l’entreprise, novembre 2015