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Réussir la mutation numérique 
des métiers de la santé

24 nov. 2015, PAR
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Notre système de santé fait face à une triple transition démographique, épidémiologique et numérique (DET).
La transition démographique est marquée par un vieillissement de la population.
La part des plus de 65 ans va passer en France de 17 à 26 % (soit 19 millions) entre 2010 et 2050 et celle des plus de 80 ans de 5 à 11 % (soit 8 millions). La transition épidémiologique est en marche et l’on compte aujourd’hui 10 millions de patients porteurs d’affections chroniques graves responsables des deux tiers des dépenses publiques de santé et de 80 % de leur croissance. La transition technologique relève de la confluence de quatre révolutions (surnommée « hyperrévolution ») que sont les nanotechnologies, les biotechnologies, l’informatique et les sciences cognitives. La révolution numérique est un formidable atout pour réussir la mutation nécessaire pour la nouvelle gestion des risques longs (chroniques) et la révolution génomique autorise une intervention plus efficace (en amont) du risque (maladie).
Ces révolutions technologiques ouvrent des perspectives structurantes et de profondes mutations concernant l’organisation, les modalités de paiement, la gouvernance et les comportements individuels.


Sous réserve qu’elle soit accessible à tous – un objectif raisonnable dans un pays comme la France –, la technologie numérique permet de franchir une étape décisive dans la santé et pour le progrès humain. En 1945, lorsque Pierre Laroque met en place la Sécurité sociale, la politique de santé a un objectif majeur : l’accès aux soins pour tous. Chaque Français doit être à proximité raisonnable d’une offre médicale, dans un système concurrentiel pour lui permettre le libre choix de son médecin et de son établissement de santé. Cet objectif a été remarquablement atteint à la fin du XXe siècle, ce qui a valu à notre système de santé d’être considéré comme une référence mondiale.

Utilisation extensive du numérique

Dans le nouveau monde qui s’installe sous nos yeux depuis vingt ans, l’objectif de notre système de santé doit évoluer vers « l’accès pour tous à la santé ». Ce nouvel objectif se décompose en deux axes: le maintien en bonne santé de la population et l’accès aux meilleurs soins aux meilleurs coûts. Chacun doit être en mesure de vivre en bonne santé le plus longtemps possible et de recevoir le soin le mieux adapté à sa situation (médecine personnalisée). Pour développer ces deux axes, le numérique est un levier incontournable. Pour le premier, l’accès à toute l’information nécessaire et la mobilité (sur l’offre de soins, les informations sanitaires de base, le suivi de ses données de santé) par chaque usager est la clé de voûte.
Pour le second, le portage numérique des données du patient (DMP) et l’évaluation de la performance de la production de soins (open data) impliquent une utilisation extensive du numérique. Le retard de la France dans l’intégration du numérique de santé explique en partie le fait que la politique de santé en 2015 soit encore figée sur l’objectif de 1945.

Si le numérique est un levier de transformation très puissant, il est aussi source de menace de disparition de pans entiers d’activités existantes. On le voit dans de nombreux secteurs économiques avec le phénomène d’« ubérisation » pour les taxis, les réservations hôtelières, le tourisme et bien d’autres secteurs à venir. Les produits et services de santé n’y échapperont pas et chaque acteur devra se transformer pour s’adapter ou disparaître. 
S’il ne faut pas attendre de l’État la baguette magique pour réussir la mutation numérique des métiers de la santé, il doit montrer la voie en faisant de la révolution numérique un pilier de la réforme de l’État et de la vie démocratique. C’est une prise de conscience 
au plus haut niveau de l’État qui doit avoir lieu et qui manque à ce jour.

Frédéric Bizard, 
professeur d’économie de santé 
à Sciences-Po Paris

Christophe Jacquinet, 
président de Santéliance Conseil