Le 20/07/2012 dans Actualités
Spécial “réforme de l'État”

Halte au court-termisme !

© Vincent Baillais

© Vincent Baillais

Que l'État garde sa vision à long terme. Telle est la deuxième proposition de la série d'Acteurs publics sur les 20 mesures urgentes à mettre en œuvre pour revigorer le fonctionnement de la sphère publique. Pour la commenter : Jean-Hervé Lorenzi (photo), président du Cercle des économistes.

“Je suis inquiet lorsque l’État perd sa capacité à avoir une vision de long terme.” Voilà ce que confiait en mai Jean-Louis Beffa, président d’honneur de Saint-Gobain et proche de la nouvelle majorité, à Acteurs publics. Soumis à la pression médiatique, les responsables politiques travaillent de plus en plus souvent dans l’urgence et l’horizon d’action des administrations s’en ressent. L’un des effets les plus visibles de cette politique de l’immédiateté est la multiplication des textes de loi. La sécurité, à elle seule, a vu 8 lois votées en dix ans au rythme des faits divers qui ont secoué l’opinion. Il est temps de mettre un terme à cette “inflation législative” qui alourdit le fonctionnement de l’État et paralyse l’action publique.

Sortir de ce piège est à la fois simple sur le papier et très compliqué dans la pratique. Le temps politique ne peut s’affranchir totalement du temps médiatique et les politiques, qu’ils soient ministres ou élus locaux, veulent des résultats rapides et médiatisés. Quelques règles pourraient toutefois limiter les changements de pied incessants, par exemple via un durcissement des conditions de modification d’une loi votée au cours du même quinquennat ou en donnant un poids juridique plus contraignant aux études d’impact préalables aux annonces de réformes. Le lancement d’expérimentations locales pour “tester” certaines mesures avant de les étendre sur l’ensemble du territoire éviterait aussi les déconvenues. Mais par-delà ces dispositifs juridiques, inscrire les politiques publiques dans le long terme est avant tout affaire de volonté.

 

“Transformer l’épargne de court terme en épargne de long terme”
Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes

“Je suis persuadé que nous devons adopter des perspectives de long terme dans tous les sujets, notamment pour l’épargne. Ce thème, pourtant prioritaire, reste malheureusement assez absent des débats. À l’échelle mondiale, durant ces deux dernières décennies, l’épargne existante a été largement supérieure à l’investissement nécessaire à l’évolution de notre système productif. Or cette tendance va vraisemblablement s’inverser, tout simplement parce que l’augmentation de la consommation, dans les pays de l’OCDE, va limiter leur épargne et leurs besoins en infrastructures les conduiront à concentrer cette épargne disponible sur ce sujet. Par ailleurs, nous devons faire face à une réelle aversion pour l’épargne de long terme dans nos sociétés vieillissantes. En effet, le vieillissement fonctionne comme un obstacle psychologique à l’épargne de long terme.
L’un des enjeux majeurs de notre époque consiste à canaliser une épargne toujours aussi importante, mais qui est aujourd’hui essentiellement à moyen ou à court termes. Il nous faut pour cela dresser un tableau précis des besoins à venir. Il serait souhaitable que l’épargne de court terme soit naturellement transformée en épargne de long terme car elle est nécessaire à l’économie française en permettant de favoriser les investissements à long terme. L’environnement macroéconomique dans lequel nous évoluons est extrêmement complexe. Cependant, cela ne doit pas nous empêcher de nous rappeler que nous disposons d’atouts indéniables. Engageons-nous dans la recherche d’une garantie fiable de l’investissement de long terme !”

Les administrations concernées
- Le secrétariat général du gouvernement
- L’Assemblée nationale et le Sénat
- Le Conseil économique, social et environnemental

Ce qui existe déjà
Depuis septembre 2009, tout projet de loi déposé par le gouvernement au Parlement doit être accompagné d’une étude d’impact qui expose les objectifs, le coût et les effets attendus des mesures. Avantage : les administrations sont forcées de justifier leurs propositions avec des données précises. Défaut : les études d’impact sont trop souvent bâclées et partielles.

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