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David Cameron et la liste des “172”

Le Premier ministre britannique avait fait sensation en publiant, à son arrivée au 10 Downing Street, la liste des 172 directeurs d’administration gagnant plus que lui. Deux ans plus tard, les fonctionnaires sont priés de se serrer la ceinture.
En finir avec “le voile de secret” entourant la rémunération des patrons d’administration publique “pour regagner la confiance des gens”. C’est ainsi que le Premier ministre britannique David Cameron avait justifié, en mai 2010, à son arrivée au 10 Downing Street, la publication d’une liste détaillée et très médiatique de 172 hauts fonctionnaires mieux rémunérés que lui, c’est-à-dire touchant plus de 142 500 livres par an – soit 170 000 euros. Une première dans la haute fonction publique britannique, destinée à améliorer la transparence au plus haut niveau de l’État et à amener ces 172 directeurs et patrons d’administration à réviser à la baisse leurs émoluments sous la pression de l’opinion publique. D’autant plus que David Cameron venait de donner lui-même l’exemple en s’imposant une baisse de salaire de 5 %.
Deux ans plus tard, il semble que le Premier ministre conservateur ait en partie atteint son but. “Ceux qui occupent aujourd’hui ces postes importants ont obtenu des salaires plus bas que leurs prédécesseurs”, constate Martin Lodge, professeur de sciences politiques à la réputée London School of Economics. Martin Lodge prévoit même une limitation durable de l’augmentation des salaires, bonus et autres avantages dont bénéficie la haute administration. “De toute manière, dit-il, un gel des salaires à tous les niveaux a été décidé.” Le gouvernement a annoncé le blocage des salaires des fonctionnaires jusqu’en 2013 et 700 000 postes seront supprimés d’ici 2017. Des mesures d’austérité drastiques imposées par la crise.
La publication des “172” a été assez favorablement perçue tant par l’opinion publique que par les fonctionnaires. “Il subsiste une forme d’incompréhension entre la population et ses agents publics, observe Susan Scholefield, ancienne haute fonctionnaire au ministère de la Défense devenue secrétaire générale de la London School of Economics. Tout ce qui renforce la transparence est donc bien accepté.” Il est normal, estime-t-elle, que les hauts fonctionnaires rendent compte de leur action et que les noms, les fonctions et le détail des rémunérations apparaissent dans les rapports annuels des ministères présentés chaque année au Parlement. Car c’est une des différences avec la fonction publique française : les parlementaires britanniques ont accès aux informations relatives aux rémunérations. Elles restaient cependant méconnues du grand public jusqu’à la liste des “172”.
Le recul des missions de l’État
Pas sûr, cependant, que John Fingleton, patron depuis 2005 de l’Office of Fair Trading, l’équivalent de notre direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), ait franchement applaudi en se découvrant dans la presse tout en haut de la liste des “172”, avec un salaire annuel de 279 999 livres – 334 000 euros –, soit près du double de celui de David Cameron.
Le Premier ministre entendait lancer un message fort : tout le monde devra se serrer la ceinture. “Les fonctionnaires savent que les contours et les missions de l’État ne peuvent plus être les mêmes dans les circonstances économiques actuelles et qu’ils doivent contribuer à réduire sa taille et son coût”, analyse Susan Scholefield. L’État limite son champ d’intervention et la publication des “172” pourrait être, à en croire Martin Lodge, une manière de signaler “que le service public est inutile” – un thème récurrent chez les conservateurs – pour prévenir toute grogne de certains fonctionnaires se sentant aujourd’hui sur la touche.
Ce manque de considération pourrait décourager des hauts fonctionnaires qui devront pourtant être totalement mobilisés pour poursuivre dans les prochaines années la périlleuse réforme du secteur public britannique. Un risque que relève l’influent Institute for Government dans un essai publié en juin dernier. Le think tank pointe les critiques politiques régulières contre les fonctionnaires et l’absence d’une vision “audacieuse” pour réformer la fonction publique. À terme, cela pourrait, prévient-il, conduire à un exode des hauts potentiels. Le gouvernement, qui devrait dévoiler avant la fin de l’année un nouveau plan de réforme du secteur public, serait mieux inspiré de soutenir ses agents.
“Pour la grande majorité des hauts fonctionnaires, le sens du service public est une vocation qui prime sur les motivations financières”, affirme Susan Scholefield Certes, ceux-là sont prêts à promouvoir la transparence de la haute fonction publique en acceptant de prochaines listes des “172”. Mais beaucoup moins à accepter les critiques sur leur supposée inutilité.
En France, un frémissement depuis deux ans
L’anecdote est racontée par Jean Arthuis. Lors de son passage à Bercy comme ministre de l’Économie et des Finances, entre 1995 et 1997, l’actuel président centriste du conseil général de la Mayenne avait dû batailler des mois pour qu’on lui communique les salaires des principaux directeurs de la “Forteresse”. Il faut dire que les hauts fonctionnaires, de Bercy et d’ailleurs, veillent farouchement au maintien du secret qui entoure leurs rémunérations. La publication d’une liste similaire à celle rendue publique par David Cameron semble donc très improbable.
Mais les choses évoluent, notamment sous la pression de certains parlementaires, tels que le député de l’Aisne René Dosière (apparenté PS) qui, fin 2010, avait obtenu la grille des salaires des collaborateurs des ministres. Le Journal officiel avait alors, pour la première fois, publié la moyenne des plus grosses rémunérations des membres de cabinet. En tête du classement avec 15 117 euros mensuels, les trois plus grosses rémunérations de l’équipe de François Baroin, à l’époque ministre du Budget, avaient fait sensation…














