Le 24/10/2012 dans Actualités > Hôpitaux
Santé

Ça “tweete” chez les futurs directeurs

© Fotolia

© Fotolia

En instaurant Twitter dans certains de ses cours, l’École des hautes études en santé publique bouleverse la formation des futurs directeurs d’établissement de santé. L’expérimentation se poursuit.

“Citez les trois grands types d’alerte sanitaire. Vous avez quelques minutes…” Dans le vaste amphithéâtre de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) de Rennes, une partie des 192 étudiants du cours d’épidémiologie du professeur Antoine Flahault – par ailleurs directeur de l’école – commencent à pianoter sur leurs smartphones. Voilà ces futurs directeurs d’établissement de santé invités à adresser instantanément leurs réponses depuis leur compte Twitter. Et gare aux erreurs : les tweets s’affichent en temps réel à côté du PowerPoint du professeur sur le grand écran de l’amphithéâtre.

Lancée en janvier dernier par l’EHESP – l’école qui forme l’encadrement supérieur de la fonction publique hospitalière –, l’expérimentation, retenue parmi les nominés aux Victoires des acteurs publics, est une première.“Comment aurais-je pu faire participer près de 200 étudiants à mon cours ?” s’interroge Antoine Flahault. Pour le directeur de l’école, Twitter réinvente la pratique de l’enseignement pour les étudiants, “souvent passifs pendant les cours”, comme pour les professeurs. “Parfois, les élèves nous adressent des réponses surprenantes, mais pas inexactes, dit-il. Cela m’oblige à être réactif et à faire évoluer mon cours.”

Devenu un outil pédagogique innovant, Twitter est aussi décliné dans certaines classes. Lorsque les étudiants présentent leurs travaux de groupes, leurs collègues doivent ainsi leur adresser des tweets dont la pertinence est évaluée et notée par les enseignants. Conséquence : l’écriture de ces messages de 140 caractères maximum mobilisant toute l’attention des élèves a limité le discret brouhaha qui régnait jusqu’alors. “Les réseaux sociaux bouleversent les relations au travail et le service rendu aux usagers, souligne Antoine Flahault. Ils invitent à repenser le management. Nos étudiants doivent donc être formés à leur utilisation.”

“Beaucoup d’incertitudes”

Côté organisation, la logistique est minimale. Dans l’amphithéâtre de l’EHESP, les tweets transitent via un studio vidéo avant d’atterrir sur l’ordinateur du professeur. L’investissement est réduit. “Twitter est un outil gratuit qui n’impose aucun environnement juridique”, observe Solène Morin, chargée du projet “e-learning” à l’EHESP. Si ce n’est une capacité Wi-fi maximale pour permettre les tweets simultanés de dizaines d’étudiants et, pour ces derniers, de posséder un smartphone.

L’expérimentation se poursuivra à l’automne avant, pourquoi pas, de se diffuser dans d’autres écoles de service public. Et même si certains professeurs de l’EHESP, réservés sur l’opération, considèrent Twitter comme un intrus qui chahute leur position. Pas facile, en effet, d’être contraint de s’adapter en permanence aux interrogations des élèves. “Il faut cadrer les choses pour éviter que cela nuise à la relation professeurs-élèves, reconnaît Antoine Flahault qui, pour réguler le flux de messages de son cours, a instauré des “moments tweets”.

Côté étudiants, les avis semblent partagés. “Il reste beaucoup d’incertitudes sur les enjeux qui se nichent derrière l’introduction de Twitter”, constate Guillaume Flück, élève-directeur d’établissement sanitaire, social et médico-social. Si le réseau social, dit-il, permet de solliciter plus fréquemment l’attention des élèves et ouvre des possibilités d’interaction nouvelles entre le professeur et son public, il pointe aussi la “barrière de connaissance” liée à la maîtrise de l’outil Twitter, le coût de l’équipement – les élèves doivent posséder un smartphone – et une forme de désorganisation du cours.

“Le professeur doit instaurer un échange avec son public au détriment de la transmission d’une connaissance brute”, estime-t-il. Au-delà de ces réserves, l’expérimentation a suscité un intérêt croissant parmi les étudiants de l’EHESP. Conscients que Twitter n’est pas un gadget éducatif.

Sylvain Henry

Les tweets du cours d’épidémiologie de l'EHESP
12 heures de cours
51 questions posées
732 réponses
61 réponses/heure

Tags associés : Antoine Flahault, EHESP, Twitter
blog comments powered by Disqus
Désormais votre identifiant est votre e-mail

Mot de passe oublié ?
  La fréquentation de acteurspublics.com est certifiée par l'OJD