Coup de froid entre le gouvernement et les hôpitaux

1 mars 2013, PAR Sylvain Henry
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Le ministère de la Santé annonce une baisse des tarifs hospitaliers pour tenter de respecter les objectifs de dépenses en 2013. Cette baisse est supérieure à celle imposée aux cliniques privées. Ulcérés, les hôpitaux publics évoquent une suppression de 20 000 emplois.


La tension est de plus en plus vive entre le gouvernement et les hôpitaux publics. Dans un communiqué publié vendredi 1er mars, le ministère de la Santé annonce une baisse en 2013 des tarifs de prise en charge des patients : – 0,84 % pour le secteur public, contre – 0,21 % dans le secteur privé. Selon les estimations de la direction générale de l’offre de soins (DGOS), l’activité hospitalière continuera de croître de 2,8 % dans le secteur public et de 2 % dans le secteur privé cette année.

Il s’agit donc pour la ministre de la Santé, Marisol Touraine, de tenir l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), dont la progression a été fixée à 2,7 % pour 2013, contre 2,5 % en 2012. C’est-à-dire de rentrer dans les “clous” budgétaires au prix d’une rigueur renforcée, même si le ministère affirme qu’un effort “exceptionnel” leur est consacré [cliquez ici pour lire les chiffres du ministère pour 2013].

Même si la baisse de la prise en charge est moins importante qu’elle ne le redoutait (une réduction de – 1,71 % était évoquée fin janvier), la Fédération hospitalière de France (FHF), porte-parole des hôpitaux publics, se dit ulcérée. “Nous comprenons les nécessités budgétaires mais nous n’acceptons pas d’être pénalisés par rapport au privé alors qu’on nous a dit qu’on voulait rétablir la notion de service public”, a vivement réagi auprès de l’AFP son délégué général, Gérard Vincent. “Il y a le discours, l’affichage et la réalité”, déplore-t-il. Selon lui, l’augmentation prévisionnelle des charges hospitalières sera de 3,4 % cette année bien que les salaires restent stables. Cela s’explique par l’augmentation des cotisations retraites, du prix de l’énergie…

Des déficits maintenus

Les hôpitaux dont les dépenses sont à 70 % des frais de personnel ne pourront éviter de supprimer des emplois, s’ils ne réussissent pas à augmenter leur activité”, affirme Gérard Vincent, évaluant les pertes d’emplois probables à “20 000 au bas mot”. Il souligne encore que certains hôpitaux seront incapables de réduire leur déficit, qui s’est élevé pour l’ensemble des établissements publics regroupés au sein de la FHF à 440 millions d’euros en 2011.

Cette annonce tarifaire du ministère intervient alors que le gouvernement doit recevoir, le 4 mars, le rapport rédigé par le haut fonctionnaire hospitalier Édouard Couty sur un “nouveau pacte de confiance” avec le monde hospitalier. Le rapport pourrait préconiser un toilettage de la loi Hôpital, patients, santé, territoires. Par ailleurs, les associations d’urgentistes ont plusieurs fois alerté le gouvernement, ces dernières semaines, sur leur manque de moyens [lire notre article “État d’urgence aux urgences”]. Les dossiers chauds s’accumulent sur le bureau de la ministre Marisol Touraine…

Sylvain Henry

 

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