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La réforme de la fonction publique espagnole a permis 7,4 milliards d’euros d’économies

19 mars 2014, PAR Jean-Michel Meyer
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Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, promet 28,8 milliards d'euros d'économies en 2015 grâce à la réforme de l'administration. - © Andres Kudacki/AP/SIPA

Le Premier ministre espagnol se réjouit des premiers résultats de la vaste réforme de l’administration, qui doit faire économiser 28,8 milliards d’euros à l’État d’ici fin 2015. Mais la grogne syndicale et la résistance de certaines provinces pourraient freiner l’enthousiasme gouvernemental.


Six mois après le lancement d’une réforme historique de son administration, Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, a indiqué que celle-ci avait déjà fait économiser plus de 7 milliards d’euros à l’État et permettra d’épargner “28,8 milliards d’euros à fin 2015”.

Tout a commencé en 2012. L’Espagne, qui a bénéficié d’un sauvetage par l’Union européenne et le FMI de son secteur financier à hauteur de 41,3 milliards d’euros, est obligée de réduire son déficit public. Une Commission de réforme de l’administration publique (Cora) est créée, fin 2012, pour faire un état des lieux de chaque organisme dépendant de l’État, des régions autonomes et des municipalités. En juin 2013, un rapport très précis présente, sur 700 pages, 218 mesures qui visent à rationaliser l’administration publique et à améliorer son efficacité.

15 000 immeubles de l’État vendus

Cela passe tout aussi bien par la vente de 15 000 immeubles de l’État que par la centralisation de la gestion et des achats publics (l’État espagnol détient 4 823 comptes bancaires), le renforcement de l’administration électronique et de la dématérialisation des services ou encore la suppression de postes de travail. Ce point est le plus délicat par rapport à l’opinion publique.

Le gouvernement a insisté sur le fait qu’“aucune mission essentielle” ne serait touchée (santé, éducation). “Ce que le Premier ministre présente comme unique réussite devant l’Union européenne constitue une destruction de plus de 553 000 postes de travail dans le secteur public depuis un an”, s’indigne la Fédération des services publics (FSP). L’Espagne avait créé le même nombre d’emplois publics dans les trois années précédentes.

Le gouvernement assure que le pays est sur la bonne voie. “Toutes ces mesures sont déjà engagées et 23 % sont entièrement finalisées”, s’est félicité Mariano Rajoy, à la mi-février. Mais les objectifs seront-ils réalisables ? “La plus grande difficulté reste dans la coopération entre les échelons, le central et le local, du fait du fédéralisme propre à l’Espagne, complexe et particulier”, note Claire Fargeot-Boll, de l’Institut de gestion publique et de développement économique, dans une note publiée en janvier dernier.

Résistance des communautés autonomes

Par exemple, la suppression des 90 agences des communautés autonomes, faisant double emploi avec l’échelon central (météorologie, énergie, tribunaux des comptes…), a peu de chances d’aboutir. Car aucune loi ne permet d’imposer ces réductions aux 17 communautés autonomes espagnoles. Or, sur les 218 mesures préconisées par la Cora, 140 dépendent de la bonne volonté de ces communautés. Les 6 communautés autonomes qui ne sont pas gouvernées par le parti gouvernemental – le Parti populaire – résistent à la feuille de route du gouvernement voire, comme la Catalogne ou l’Andalousie, s’opposent ouvertement aux mesures proposées.

Le gouvernement veut croire à leur soutien. Il rappelle que ces provinces ont fait des efforts importants pour réduire leurs déficits publics depuis 2012. “Nous leur avions demandé de supprimer près de 500 organismes publics, elles en ont supprimé 535”, a rappelé le ministre des Finances, Cristobal Montoro. Reste à voir si elles tiendront le rythme de dégraissage prévu par la Cora. Le gouvernement prévoit un prochain point d’étape en juin.

Jean-Bernard Gallois, à Bruxelles.