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Soupçons de favoritisme et d’erreurs de codage dans l’algorithme d’Admission post-bac

21 oct. 2016, PAR Soazig Le Nevé
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L’analyse du code source de la plate-forme Admission post-bac, fourni par l’éducation nationale, semble révéler que les élèves des lycées français à l’étranger sont prioritaires dans leurs choix par rapport aux élèves scolarisés en France.


Le nuage “Admission post-bac” s’épaissit encore un peu plus. Et la publication – à la demande de l’association Droits des lycéens, qui avait saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) – de l’algorithme de tri des demandes d’affectation des bacheliers dans l’enseignement supérieur, y est pour beaucoup. “Je dois avouer qu’en consultant le fameux code source d’APB, j’ai été pris d’un rire nerveux”, relate sur son blog Guillaume Ouattara, étudiant ingénieur.

Car le document communiqué par la Rue de Grenelle se présente sous la forme d’un courrier papier d’une vingtaine de pages, comprenant des centaines de lignes de code difficilement compréhensibles…

Or l’enjeu est crucial : il s’agit de vérifier si les élèves de terminale sont tous traités de manière équitable. “Le support adressé à l’association semble être volontairement difficile de compréhension pour ralentir l’analyse de l’algorithme. Si le ministère avait joué le jeu, il aurait fourni un fichier exploitable, exécutable et compréhensible”, soutient l’ingénieur bloggeur.

Information partielle et difficilement lisible

Axelle Lemaire, secrétaire d’État au Numérique et à l’Innovation, a bien tenté de venir en aide à sa consœur de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, expliquant sur Twitter qu’elle voyait dans cette communication “un verre à moitié plein”… et non l’inverse. “La transmission des codes sources est un progrès considérable. Même s’il reste des marges”, reconnaît-elle. Surtout en termes de lisibilité, exigée par la loi pour une République numérique désormais en vigueur.

À moins que certains secrets dussent être gardés dans les cuisines de l’éducation nationale. C’est en tout cas la conclusion qu’ont tirée les bidouilleurs de code ayant répondu à l’appel à l’aide de l’association Droits des lycéens pour déchiffrer le (gros) morceau d’algorithme fourni par le ministère. “Favoritisme et erreur de codage”, a tranché sur son blog Guillaume Ouattara, après des heures d’analyse.

“Le mystère restant, après la publication d’un bout d’APB, est l’ordre de remplissage des établissements. Il faut publier ce code-là aussi”, abonde Godefroy Beauvallet, directeur de l’innovation à l’Institut Mines Telecom et vice-président du Conseil national du numérique (CNNum).

Grâce aux quelque 400 lignes de code divulguées par le ministère, une information importante s’est en effet dégagée : les élèves de lycées français de l’étranger et les élèves nationaux seraient traités de manière séparée, les premiers semblant être prioritaires dans leur affectation par rapport aux seconds.

Recours devant la Cnil et le défenseur des droits

“Ainsi, s’il y a 40 candidats de lycées français de l’étranger, leur classement final ira de 1 à 40 et le classement des lycéens français commencera à la 41e place, et ce peu importe l’ordre des vœux des lycéens internationaux”, traduit l’ingénieur Guillaume Ouattara. Les élèves provenant du réseau de l’enseignement français à l’étranger (AEFE) sont “prioritaires sur tout le monde”, une “subtilité de taille [qui] n’était pas citée dans le document de juin” [lire notre article], note de son côté le bloggeur informaticien Dattaz.

Guillaume Ouattara se veut prudent, toutefois, estimant que “face à l’absence de la structure de la base de données utilisée, et à cause du fait qu’il ne s’agit que d’un bout d’algorithme, il est impossible de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse” de favoritisme.

“Si l’association [Doits des lycéens] nous fait parvenir des questions complémentaires précises, nous y répondrons sans aucun problème”, a réagi le ministère de l’Éducation nationale dans Les Échos le 20 octobre, assurant qu’il n’avait “pas grand-chose à cacher”.

Sans surprise, l’association lycéenne maintient le dépôt prochain d’un recours devant la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) et devant le défenseur des droits concernant les sélections illégales pratiquées par les facultés. Par ailleurs, elle continue à épauler les lycéens effectuant des recours contre des refus d’affectation en université.