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L’Allemagne veut créer un Fonds monétaire européen

16 mars 2017, PAR Acteurs Publics
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Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schauble (à gauche) avec son homologue français Michel Sapin et le commissaire européen, Pierre Moscovici, le 11 octobre 2016 - Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

La chancelière Angela Merkel et son ministre des Finances plaident pour une nouvelle institution européenne qui gérerait des programmes d’assistance pour les pays de la zone euro en difficultés, sur le modèle du Fonds monétaire international. Le commissaire européen Pierre Moscovici est opposé à cette idée car il estime que cette tâche demeure du ressort du Mécanisme européen de stabilité, dépendant de la Commission européenne.


Créer un Fonds monétaire européen ? L’idée n’est pas neuve, elle a été lancée par l’Allemagne en 2010. Revenant régulièrement sur le devant de la scène européenne au gré des soubresauts financiers, elle vient d’être relancée par les mêmes promoteurs, Angela Merkel et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, à l’occasion de la question très actuelle d’une possible Europe à plusieurs vitesses.

Dans le cadre où certains pays pourraient approfondir l’intégration européenne, l’idée allemande serait de créer un “FME” sur le modèle du Fonds monétaire international. Composé de salariés indépendants des institutions européennes et d’un conseil d’administration où siègeraient les représentants des 19 pays de la zone euro, ce FME pourrait créer, financer et gérer des programmes d’assistance pour les pays de la zone euro en difficultés financières, voire surveillerait les finances de ces pays. Or, souligne Pierre Moscovici, commissaire européen à la Fiscalité – opposé à ce projet –, la supervision des budgets de la zone euro relève déjà de la compétence de la Commission européenne.

Dette grecque

L’Allemagne apporte la principale contribution financière au budget du Mécanisme européen de stabilité (MES), qui a été créé durant la crise financière, en septembre 2012, pour pouvoir prêter aux pays membres de l’Union européenne en difficulté. Le MES a déjà prêté 136 milliards d’euros à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal.

Par ailleurs, il supervise les 312 milliards d’euros de prêts de la zone euro à la Grèce avec les autres prêteurs que sont la Banque centrale européenne et le FMI. Tandis que le FMI souhaitait il y a quelques semaines une restructuration de la dette grecque, Wolfgang Schäuble s’oppose à toute mesure d’allègement ou d’allongement de la dette. Il estime que “le fardeau de la dette de la Grèce” peut être soutenable si “les réformes convenues sont pleinement mises en œuvre”.

La Commission jugée trop laxiste

Le ministre allemand des Finances compte, pour ce faire, sur la création d’un Fonds monétaire européen qui aurait, par ailleurs, une autre qualité majeure : faire appliquer de manière plus stricte les critères du pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne, au contraire de la Commission, qu’il juge beaucoup trop laxiste notamment envers les dépassements de la France, de l’Italie ou encore de l’Espagne.

Candidat à l’élection présidentielle française, François Fillon s’est également prononcé en faveur d’un futur FME lors d’une visite à Angela Merkel, le 24 janvier dernier. Favorable, dans son programme électoral, à des actions communes avec l’Allemagne et à la mise en place d’un Trésor européen, voire à la mise en commun, à terme, des dettes des États membres, le candidat de la droite et du centre à l’Élysée a ainsi déclaré : “Nous devrons nous doter d’un véritable fonds monétaire européen, ayant vocation à s’assurer de la mise en œuvre rigoureuse de la politique des États concernés et assurant à l’Europe son autonomie face au FMI.”

Jean-Bernard Gallois