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Des “mégaministères” dans le nouveau gouvernement marocain

10 avr. 2017, PAR Acteurs Publics
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Le nouveau gouvernement du Premier ministre Saadeddine Othmani, à droite du roi du Maroc (au centre) - AP/SIPA

Au Maroc, des portefeuilles stratégiques comme l’Agriculture, l’Industrie et le Tourisme ont été confiés à des “superministres”, dont les prérogatives ont été élargies à d’autres secteurs. L’objectif : donner une plus grande impulsion aux réformes mises en œuvre ces dernières années.


Certains des ministres du nouveau gouvernement marocain, nommé le 6 avril dernier par le roi Mohamed VI, sont appelés à diriger plusieurs secteurs à la fois. Aziz Akhannouch, qui faisait partie du cabinet précédent d’Abdelilah Benkirane en tant que ministre de l’Agriculture, a été chargé également d’administrer les domaines de la pêche, de l’hydraulique, des forêts et du développement durable. Son parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI), s’est d’ailleurs taillé la part du lion dans la nouvelle composition gouvernementale, en raflant les postes les plus stratégiques, comme l’économie et les finances.

Un autre ministère clé qui englobe le Commerce, l’Industrie, l’Investissement et l’Économie numérique est revenu à Moulay Hafid Alalamy, un homme d’affaires prospère du RNI qui figurait lui aussi dans l’équipe de Benkirane. De son côté, l’ancien maire de Casablanca Mohamed Sajid a été désigné à la tête du ministère du Tourisme, du Transport aérien, de l’Artisanat et de l’Économie sociale.

L’Éducation nationale, la Formation professionnelle et l’Enseignement supérieur ont été également rassemblés au sein d’un grand ministère confié à Mohamed Hassad, un haut fonctionnaire qui a déjà cumulé de nombreux postes de ministre (Intérieur, Travaux publics et Formation professionnelle). Il a également été préfet et P.-D.G. de la compagnie aérienne nationale Royal Air Maroc.

Réformes structurelles

Comme les autres “superministres”, Mohamed Hassad sera assisté par des secrétaires d’État qui se chargeront de gérer des sous-secteurs. Treize postes en tout ont été créés. Ils représentent un tiers de la composante gouvernementale, qui diffère sur ce point de la précédente.

Pour beaucoup, l’architecture du nouveau cabinet porte l’empreinte du souverain marocain, qui a voulu, en créant de superministères et des secrétariats d’État, donner une plus grande impulsion aux chantiers de réformes structurelles qu’il avait engagés au lendemain de son accession au trône, il y a dix-huit ans.

Un des secteurs ciblés est l’éducation. Encore aujourd’hui, le pays peine à améliorer ses performances mondiales en matière d’accès égalitaire à l’enseignement. Un récent rapport du Conseil supérieur (marocain) à l’éducation et à la formation a en outre mis en exergue l’ampleur de la déperdition scolaire. Par ailleurs, le pays souffre d’une grande pénurie d’enseignants, y compris au sein des universités, qui ont de plus en plus recours à des contractuels pour combler le déficit en matière d’encadrement.

Dans le domaine économique, le ralentissement de la croissance pendant l’année 2016 montre que les actions menées jusque-là ne sont pas tout à fait abouties. Ce qui n’a pas empêché le roi de renouveler sa confiance à des ministres comme Aziz Akhannoukh et Moulay Hafid Alalamy. Le but étant de leur permettre de mener à terme les réformes qu’ils ont initiées, dans leurs secteurs respectifs.

Plusieurs constats en clair-obscur

Aziz Akhannoukh, par exemple, va boucler sa dixième année à la tête du ministère de l’Agriculture. En 2008, il a lancé un Plan vert de développement de l’activité agricole qui n’a pas encore atteint tous ses objectifs. Une évaluation du dispositif par les parlementaires en août dernier a montré qu’il a permis de relever la part de l’agriculture dans la croissance. Pour autant, des failles subsistent. Elles ont trait au manque de mécanisation des exploitations agricoles et à la faiblesse des financements bancaires octroyés aux agriculteurs.

Le même constat en clair-obscur s’applique à l’action du ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Alalamy. Ce dernier a mis sur pied en 2014 un Programme d’accélération de l’industrialisation qui doit aboutir d’ici 2020 a la création de 500 000 postes et à l’augmentation de la part de l’industrie dans le PIB d’une dizaine de points. En dépit de quelques succès – en 2016, l’automobile a dépassé le phosphate à l’export –, ce plan n’a pas tenu toutes ses promesses. Le chômage, qui est endémique au Maroc, ne descend pas sous la barre des 10 %. De son côté, la balance commerciale reste largement déficitaire.

Pour renverser la tendance, le nouveau gouvernement prévoit de mobiliser plus d’argent en faveur de la croissance. Environ 17 milliards d’euros devront être dégagés au titre de la loi de finances 2017, qui doit être soumise, ces jours-ci, à l’approbation du Parlement.  

Samia Lokmane-Khelil