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La France doit s’affirmer dans la recherche sur l’intelligence artificielle

17 mai 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, publié début mai, encourage la France à développer la recherche pour une intelligence artificielle “maîtrisée, utile et démystifiée”.


Pas en retard mais pas en avance non plus : dans le domaine de l’intelligence artificielle, la France – et l’Europe – ont encore beaucoup à prouver, face à la place prépondérante de la recherche privée, “dominée par les entreprises américaines et, potentiellement, chinoises”, affirme un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, publié début mai.

D’après le député Claude de Ganay et la sénatrice Dominique Gillot, rapporteurs de cette mission, la stratégie du gouvernement français pour l’intelligence artificielle rendue publique le 20 janvier dernier est “un plan qui arrive trop tard” et qui n’a pu être intégré dans les stratégies nationales de la recherche à dix ans ni dans le livre blanc de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Alors qu’il existe de nombreux travaux sur la protection des données et sur la loyauté des plates-formes, la mission a constaté qu’il en existe encore peu sur les algorithmes eux-mêmes. Elle souligne donc qu’il faut “développer la capacité à tester et contrôler les algorithmes”, à l’instar de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), avec sa plate-forme scientifique collaborative Transalgo, lancée en 2017, qui œuvre à plus “de régulation et d’explicabilité des algorithmes par l’élaboration d’outils et de pratiques transparentes et responsables dans le traitement algorithmique des données” [lire notre article].

Démultiplier la force de frappe

De l’avis de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, il faut maintenant aller plus loin. “Une telle démarche, en lien avec le Data Transparency Lab du MIT, Mozzilla et Telefonica, va dans le bon sens mais gagnerait à voir sa force de frappe démultipliée par une dynamique de mobilisation de plusieurs équipes de recherche autour de challenges scientifiques nouveaux”, écrivent les rapporteurs, qui estiment que l’Inria ne doit pas être la seule structure en France à porter des projets de ce type.

“Le CNNum [Conseil national du numérique], la Cerna [Commission de réflexion sur l’éthique de la recherche en sciences et technologies du numérique d’Allistene] et la Cnil [Commission nationale de l’informatique et les libertés] sont associés à la plate-forme « Transalgo » mais il s’agit plus de partager des expériences que de conduire des recherches transversales”, regrettent-ils.

En outre, la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle ne devra pas “se tromper de cible” mais “bien définir des objectifs réalistes garantissant des résultats effectifs”, préviennent Claude de Ganay et Dominique Gillot. Lesquels relèvent par exemple que la loi ne fournit toujours pas de régime juridique spécifique de protection des données personnelles dans les cas de collecte et de traitement de ces données par des robots intelligents, le droit commun de la protection des données à caractère personnel dans les traitements informatiques continuant de s’appliquer.

Démystifier

“Ni quête vaine ni projet de remplacement de l’homme par la machine, l’intelligence artificielle représente une chance à saisir pour nos sociétés et nos économies”, argumentent-ils en invitant à “démystifier” le phénomène. “Les progrès en intelligence artificielle sont d’abord et avant tout bénéfiques, ajoutent les deux parlementaires. Ils comportent aussi des risques, qu’il serait malhonnête de nier. Mais ces risques peuvent et doivent être identifiés, anticipés et maîtrisés.”

Place prépondérante de la recherche privée, accélération du passage à une économie globalisée dominée par des “plates-formes”, transformations du marché du travail, régimes de responsabilité des robots, algorithmes… Le député et la sénatrice passent au crible l’ensemble des questions sensibles, sans pour autant les trancher.

Pôle d’excellence international

La mission propose notamment au gouvernement de “se garder d’une contrainte juridique trop forte sur la recherche en intelligence artificielle, qui – en tout état de cause – gagnerait à être, autant que possible, européenne, voire internationale, plutôt que nationale”. Mais aussi de redonner une place essentielle à la recherche fondamentale et de revaloriser la place de la recherche publique par rapport à la recherche privée “tout en encourageant leur coopération”.

Un premier objectif serait de constituer sur notre territoire “au moins un pôle d’excellence international et interdisciplinaire en intelligence artificielle et en robotique”, suggèrent les rapporteurs, qui veulent croire “au bel avenir de la complémentarité homme-machine” en France.