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Darmanin doit déjà déminer le terrain avec les fonctionnaires

19 mai 2017, PAR Soazig Le Nevé
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JACQUES WITT/SIPA

Le nouveau ministre de l'Action et des Comptes publics s’engage à rencontrer chaque fédération de fonctionnaires la semaine prochaine pour rassurer sur ses intentions à l’égard des agents publics, “qui sont l’ossature de la République”, a-t-il assuré.


Le rendez-vous sera individuel et interviendra dès la semaine prochaine, le ministre de l’Action et des Comptes publics s’y engage. Face à l’émotion suscitée par la disparition d’un portefeuille officiel dédié aux fonctionnaires, Gérald Darmanin qui devrait être, d’après les décrets d’attributions à paraître, en charge du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Modernisation de l’État, veut rassurer les syndicats.

Rien de mieux alors que de faire savoir par communiqué que le nouveau ministre a bel et bien l’intention de “protéger les agents de l’État, qui sont l’ossature de la République”. “Chaque Français le sait, les agents du service public de l’État, des collectivités locales et de la fonction publique hospitalière sont le cœur de l’action publique”, écrit ainsi Gérald Darmanin.

Trouver le bon ton

Et pour ceux qui en doutaient, il précise que “les ambitions de modernisation, d’économies et de transformation des collectivités publiques, nécessaires à la préservation de nos équilibres et à la qualité de nos administrations, se feront en dialogue permanent avec les agents”.

Le premier test aura donc lieu la semaine prochaine, ces rendez-vous bilatéraux devant permettre de “commencer à dialoguer sur les objectifs fixés par le Premier ministre”, selon le communiqué de Gérald Darmanin. Il faudra trouver le bon ton, tant les syndicats se sont émus ces dernières heures du rapprochement opéré entre “action” et “comptes publics”. L’ex-ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu est d’ailleurs montée au créneau, dénonçant le 18 mai, dans une interview à Acteurs publics, un “signe négatif” qui “donne l’impression que la fonction publique devient une variable d’ajustement budgétaire” [lire notre article].

Darmanin, une droite dure

Et ce d’autant plus que Gérald Darmanin est “issu d’une droite dite dure, qui voulait supprimer plusieurs centaines de milliers de postes d’agents publics”, rappelle l’ancienne ministre socialiste. Laquelle attend désormais qu’Emmanuel Macron explique “où et quand” il supprimera 120 000 postes de fonctionnaires.

Pour sa part, Johan Theuret, président de l’Association des DRH des grandes collectivités, s’étonne que “les aspects de réforme liés au management, à la gestion des RH ne soient pas plus clairement identifiés à l’heure où de grands chantiers attendent la fonction publique”. “Nous avons besoin d’un interlocuteur clairement identifié pour fluidifier les échanges et le dialogue social”, déclare-t-il à Acteurs publics.

Mauvais souvenir de la RGPP

“Même Nicolas Sarkozy n'avait pas franchi un tel cap !” s’est insurgée la CGT (premier syndicat chez les fonctionnaires). “En effaçant ainsi la fonction publique, en la rattachant à un département ministériel qui en fera avant tout une variable budgétaire et en y nommant une personnalité fortement ancrée à droite”, Emmanuel Macron et son Premier ministre, Édouard Philippe, “indiquent clairement leur volonté de poursuivre et d’amplifier les nocives politiques d'austérité”, estime le syndicat.  

À Force ouvrière (troisième syndicat), l’Union interfédérale des agents de la fonction publique (UIAFP-FO) dénonce aussi une “vision purement comptable et budgétaire” et demande “un ministère à part entière”.

L’Unsa (quatrième) évoque “un mauvais signal donné aux agents” qui “renvoie à un passé”, celui de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), qui “avait réduit la politique fonction publique à une gestion mécanique par les seuls coûts”. “Mais où est passée la fonction publique ?” s’interroge aussi la CFDT (deuxième), qui dit attendre “une réponse rapide à ses interrogations, qui concernent plus de 5 millions de fonctionnaires et agents publics”.