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Cure d’austérité dans la fonction publique en Tunisie

24 août 2017, PAR Acteurs Publics
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Le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed. - © Mohamed Hammi/SIPA

Le gouvernement tunisien a pris récemment des mesures exceptionnelles afin de réduire les dépenses de fonctionnement dans l’administration. Il n’y aura pas de nouveaux recrutements pour combler les postes vacants. Les primes et les promotions seront distribuées uniquement suivant le critère de la compétence. 


Le cabinet de Youssef Chahed, en Tunisie, multiplie les initiatives pour faire des économies dans la fonction publique, un secteur réputé comme budgétivore. Conformément aux prescriptions du Fonds monétaire international (FMI) sur la réduction impérative des dépenses publiques, le chef du gouvernement tunisien a décidé, pour la seconde année consécutive, de geler les recrutements dans l’administration. L’institution monétaire internationale a, pour rappel, subordonné l’octroi en 2016 d’un prêt à la Tunisie à la mise en œuvre d’une politique d’austérité, visant à sauvegarder les équilibres financiers du pays et à lui permettre de renouer avec la croissance.

Dans la fonction publique, l’attention est portée sur la réduction des effectifs (la masse salariale constitue 14 % du PIB). Conformément à une nouvelle circulaire concernant l’application du budget de l’État pour l’année 2018, les administrations ont ordre de ne pas embaucher de personnel pour combler les postes laissés vacants après les départs à la retraite et les licenciements. Les autorités comptent sur la mobilisation et le redéploiement des ressources humaines disponibles pour continuer à faire fonctionner les services et les entreprises publiques. Pour un meilleur rendement, des heures supplémentaires seront par ailleurs organisées dans les administrations les plus affectées par le manque de personnel.

Départs à la retraite

D’ici l’année prochaine, 15 000 fonctionnaires devront partir en retraite anticipée. Une loi sur les départs volontaires vient d’être votée par le Parlement. Elle permet à des salariés qui ont cumulé le nombre d’années de service requis de bénéficier d’une pension. Youssef Chahed et ses ministres tablent sur des départs plus importants au cours des prochaines années.

Actuellement, la fonction publique tunisienne compte un peu plus de 800 000 agents pour une population globale de 11 millions d’individus. L’inflation des effectifs a eu lieu sous le pouvoir de la “Troïka” (l’ancienne coalition conduite par le parti islamiste Ennahda entre 2011 et 2014), qui avait procédé à des recrutements massifs dans des départements comme l’éducation (67 562 nouveaux agents), la santé (55 803), l’agriculture (49 598) et l’enseignement supérieur (38 555).

Youssef Chahed a décidé dès son arrivée à la tête du gouvernement, en 2016, de geler tous les recrutements durant quatre à cinq ans, le temps que la crise budgétaire et économique soit réglée. D’ici là, d’autres efforts sont requis pour rationaliser les dépenses concernant la gestion des ressources humaines dans la fonction publique. Le budget de l’État prévu pour l’année prochaine exclut la distribution de primes et de promotions systématiques. Celles-ci seront octroyées suivant le critère de la compétence uniquement.

Moins de missions à l’étranger

De même, l’utilisation des dotations budgétaires sera scrutée. Les responsables des services et des administrations publiques sont appelés à réduire la fréquence des missions à l’étranger. Ils doivent également renoncer aux dépenses superflues, réservées à l’organisation des réceptions par exemple. Sur un autre registre, les économies recommandées concernent la réduction de la consommation d’énergie. Les autorités demandent aux établissements où la consommation est importante d’opter pour les énergies renouvelables. Les services publics devront veiller aussi à une utilisation rationnelle du parc automobile mis à leur disposition en évitant le gaspillage de carburant. 

Actuellement, la fonction publique absorbe une bonne partie du budget de l’État. 35 % des crédits sont dédiés aux salaires. Devant l’incapacité de ses ministres à entreprendre les réformes nécessaires, le chef du gouvernement a décidé en mars dernier de prendre les choses en main. Le secteur de la fonction publique est, depuis, géré par les services de la présidence du gouvernement.  

Samia Lokmane-Khelil