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Le logiciel Louvois est “sous contrôle”

12 oct. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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CHINENOUVELLE/SIPA

Si 97 % des soldes ont été versées aux militaires sans accroc en 2017, des difficultés résiduelles perdurent. Par ailleurs, 15 % des sommes versées de manière indue n’ont pas pu être recouvrées par le ministère des Armées.


“Certes il y a toujours des difficultés, mais la crise est sous contrôle”, a affirmé le secrétaire général pour l’administration du ministère des Armées, Jean-Paul Bodin, lors d’une audition au Sénat devant la commission des affaires étrangères et de la défense, le 11 octobre.

Ainsi, en 2017, 97 % des 180 000 soldes versées chaque mois le sont sans avoir à effectuer la moindre correction, se félicite-t-il. Sur les 3 % restants qui font encore l’objet d’erreurs, 2,8 % sont corrigées manuellement, avant la mise en paiement et 0,2 % nécessitent encore des “paiements manuels en dehors du logiciel”.

“Ces difficultés sont nettement moindres que ce qu’elles étaient dans le passé”, a assuré Jean-Paul Bodin, alors que des épouses de militaires se sont encore plaintes de dysfonctionnements ces dernières semaines, notamment devant le Premier ministre, Édouard Philippe, sur le plateau de L’Émission politique de France 2.

Sentiment de défiance

En 2016, 38 % des militaires de l’armée de terre ont connu des difficultés liées à Louvois, selon le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire, qui a remis en septembre à la ministre des Armées, Florence Parly, son rapport annuel, rendu public début octobre. “La lente amélioration de la situation a créé un sentiment de défiance face au processus de paiement de la solde”, constate le comité.

Depuis 2011, des dizaines de milliers de militaires ont en effet vu leurs soldes amputées, voire pas payées du tout, alors que certains d’entre eux servaient en opération extérieure, en Afghanistan ou au Mali, laissant leurs familles dans de graves difficultés.

À l’inverse, d’autres ont reçu trop d’argent, qu’ils ont dû ensuite rembourser. Le total des indus versés s’élevait à 534 millions d’euros en août 2017, a précisé le secrétaire général pour l’administration du ministère des Armées. Sur ce total, 344 millions d’euros ont été recouvrés. Mais 78,5 millions d’euros (soit 15 % des indus) ont été “abandonnés”, faute de pouvoir être justifiés clairement auprès de militaires contestant les montants à rembourser.

Source Solde au banc d’essai

Tous les espoirs reposent désormais sur le nouveau logiciel Source Solde, qui doit commencer à être déployé en 2018 si tous les essais sont concluants. La “bascule” se fera d’abord dans la Marine “avant l’été ou à l’automne 2018”, puis dans l’armée de terre en 2019 et dans l’armée de l’air en 2020, a précisé Jean-Paul Bodin.

Des essais sont faits à blanc jusqu’à la fin de l’année pour tester le fonctionnement du calculateur. “Des analyses en seront faites avant l’entrée dans une nouvelle phase de solde en double : calculée à la fois sur Louvois et sur Source Solde”, détaille le secrétaire général pour l’administration du ministère. Objectif : vérifier que l’ensemble des indemnités et primes – il en existe plus de 170 – sont bien prises en compte, “ce qui n’avait pas été fait pour Louvois, notamment dans l’armée de terre”.

Jean-Paul Bodin compte également sur l’ouverture du “chantier « Nouvelle politique de rémunération des militaires »” pour anticiper les effets que pourrait avoir la future réforme des retraites, que l’exécutif souhaite lancer en 2018, visant la mise en place d’un système universel par répartition. Cette réforme “inquiète beaucoup la communauté militaire, qui n’a aucune assurance que les dispositifs de bonifications seront maintenus”, souligne Jean-Paul Bodin.

L’inconnue du prélèvement à la source

Un autre grain de sable, et non des moindres, pourrait enfin venir gripper la machine : le prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source. Dans son rapport, le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire recommande ainsi “la plus grande attention” dans le projet de mise en œuvre de Source Solde, “alors que le prélèvement à la source, même différé au 1er janvier 2019, interviendra en plein dans la manœuvre”.

Le Haut Comité, présidé par le conseiller d’État Bernard Pêcheur, insiste sur la nécessité “impérative” de réaliser des “tests de faisabilité et de résistance” des différents systèmes de calcul et de paiement de la solde. “Sous contrôle” en 2017, la crise pourrait donc bien couver encore jusqu’en 2019.