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Soupçons de fraude aux élections locales en Algérie

27 nov. 2017, PAR Acteurs Publics
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Toufik Doudou/NEW PRESS/SIPA

Des formations politiques de l’opposition accusent l’administration d’avoir truqué les résultats du scrutin en faveur des partis au pouvoir. Elles ont rapporté des cas flagrants de bourrage des urnes et de substitution des P.V. de dépouillement. Ces irrégularités ont provoqué des affrontements violents dans le sud du pays et des manifestations dans d’autres régions. 


Les élections locales qui ont eu lieu jeudi 23 novembre en Algérie n’ont pas dérogé à la règle. Des soupçons de fraude massive ont provoqué l’ire des principales formations politiques de l’opposition. Celles-ci ont accusé, une fois de plus, l’administration d’avoir manipulé les résultats du scrutin, en faveur des partis au pouvoir, le Front de libération nationale (FLN, présidé à titre honorifique par le chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika) et le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre, Ahmed Ouyahia.  

Au niveau municipal, Le FLN s’est emparé de 603 mairies, suivi du RND, qui en gagné 451. À eux deux, ils ont raflé la majorité des 1 541 assemblées populaires communales (APC) du pays. Leur domination s’est également confirmée à l’échelle départementale, puisqu’ils ont obtenu la plupart des sièges (plus d’un millier) dans les 48 assemblées populaires de wilaya (APW).

En somme, rien n’a changé. Dans les anciennes assemblées, le FLN et le RND tenaient déjà le rôle de leaders. Leur mainmise sur les collectivités locales sert, selon l’opposition, à préserver le statu quo politique et les équilibres au pouvoir. Alors que le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, a évoqué, lors de l’annonce des résultats, vendredi 24 novembre, une victoire de la démocratie, des leaders politiques sont très vite montés au créneau pour dénoncer, notamment, des violences. Selon la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, le pays a été le théâtre “d’élections de guerre”, qui ont mis les municipalités “entre les mains de personnes qui travailleront pour la prédation locale”.

Urnes saccagées

Le PT, qui n’a remporté que 17 mairies, s’est insurgé notamment contre le statut endossé par les représentants du FLN et du RND dans les bureaux de vote, jouant à la fois le rôle d’assesseurs et de vigiles. “Non seulement, ils ont empêché nos contrôleurs de faire leur travail, au cours des opérations de vote et de dépouillement. Mais ils les ont dans certains cas violentés”, a déploré le porte-parole du parti, Ramdane Taazibt.

En Kabylie (nord-est du pays), où il est fortement implanté, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a accusé, de son côté, l’administration d’avoir changé des procès-verbaux de dépouillement, pour faire gonfler le nombre de votes au profit des partis au pouvoir. Dans cette région, des urnes ont d’ailleurs été saccagées et le suffrage suspendu dans certains bureaux de vote.

“La fraude a été flagrante”, a confirmé à son tour Abdelmadjid Menasra, président du parti islamiste MSP (Mouvement de la société pour la paix). Ce responsable a cité en particulier le cas de Tindouf, une ville garnison dans le sud-ouest du pays, où les militaires ont été appelés en renfort pour remplir les urnes, à la place de la population et en faveur du FLN. Conséquence : la ville a été secouée, à l’annonce des résultats, par de violentes émeutes. Le même climat d’insurrection a atteint une autre ville du sud, Ouargla, où des affrontements ont éclaté.

Décrivant une colère postélectorale qui n’est pas près de s’éteindre, les médias algériens évoquent plusieurs autres manifestations qui ont eu lieu dans d’autres régions du pays. De leur côté, tous les partis d’opposition ont décidé, sans trop d’espoir, d’introduire des recours auprès du Conseil constitutionnel.

Le Premier ministre reconnait des problèmes

Lors des législatives du 4 mai dernier, 295 recours avaient été déposés. Mais une vingtaine uniquement a été acceptée. Laissant présager un traitement similaire des plaintes concernant les résultats des élections locales, Abdelwahab Derbal, président de la Haute Instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), a estimé que le scrutin s’était déroulé dans de bonnes conditions. Il a notamment minimisé la portée des 960 saisines qui lui ont été adressées.  

Contre toute attente, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a admis pour sa part que tout n’était pas en règle. “Il y a eu des violations et des escarmouches, tout comme il y a eu des dépassements de la part de certains agents de l’administration. Il y a eu également des retards dans la remise des P.V. de dépouillement”, a-t-il dit. Sa cible : vraisemblablement le FLN, que son propre parti, le RND, n’est pas parvenu à détrôner.

Dans un communiqué, le RND a d’ailleurs annoncé que lui aussi allait introduire des recours. En attendant, il se réjouit du taux de participation, qui a atteint 45 %, contre 35 % pour les dernières législatives.       

Samia Lokmane-Khelil