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La Tunisie annonce une réforme du service militaire

5 déc. 2017, PAR Acteurs Publics
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L’armée tunisienne en 2016, près de Ben Guerdane, dans l’est du pays, près de la frontière avec la Libye. - © Benjamin Wiacek/AP/SIPA

L’armée tunisienne est actuellement confrontée à une grande pénurie d’appelés. Deux cent mille d’entre eux n’ont pas répondu à l’appel sous les drapeaux ces trois dernières années. Pour augmenter les effectifs et rehausser le profil de ses recrues, le ministère de la Défense envisage d’enrôler plus de diplômés, en leur proposant des salaires alléchants.


Connu pour être rébarbatif, le service militaire obligatoire fait fuir davantage de jeunes en Tunisie. Au cours d’une audition, tout récemment, devant l’Assemblée des représentants du peuple (le parlement), le ministre de la Défense, Abdelkarim Zbiri a révélé que 200 000 individus n’avaient pas répondu à l’appel sous les drapeaux ces trois dernières années. Pour les contraindre à prendre le chemin de la caserne, le tribunal militaire a transmis des mandats d’arrêt les concernant au ministère de l’Intérieur.

Cependant, il est peu probable que cette démarche ait du succès car les autorités ont décidé de supprimer les interpellations qui permettaient auparavant à l’armée de récupérer les conscrits récalcitrants. Le ministre de la Défense a rappelé d’ailleurs que ces campagnes ont cessé en 2011, après la chute du régime de Ben Ali.

Au même moment, les autorités ont aussi abrogé les “affectations individuelles”, une sorte de dérogation qui dispensait en partie les jeunes disposant d’un emploi de faire leur service, en contrepartie d’une compensation financière versée au ministère de la Défense.

Menace terroriste

Selon Abdelkarim Zbiri, la suppression de ce privilège visait à réserver un traitement égalitaire à tous les appelés. La démocratisation de l’opération de conscription avait  également comme objectif d’augmenter les effectifs. Or dans les faits, rien ne s’est passé comme prévu. Selon le ministre, très peu d’appelés se sont présentés volontairement lors des deux dernières sessions d’enrôlement. Selon des sources, 25 % des jeunes Tunisiens accomplissent réellement leur service militaire.

La désaffection s’explique plus amplement, ces dernières années, par l’augmentation de l’activité terroriste dans le pays. Depuis quelques années, les militaires ont souvent été pris pour cibles par les groupes djihadistes. L’attaque la plus sanglante a visé 14 soldats, au cours d’une embuscade dans le mont Chaambi, près de la frontière avec l’Algérie, en 2014. Durant l’été 2016, d’autres militaires ont été tués dans la région de Kasserine, dans le centre du pays. 

Pour faire face à la menace, l’État tunisien a pris l’initiative de renforcer ses capacités militaires et d’augmenter la dotation financière du ministère de la Défense de 10 % en 2018.

12 000 recrutements

Dans le détail, l’armée se servira de cet argent pour moderniser ses équipements et recruter plus de personnel. La réforme du service militaire, telle qu’elle est envisagée par le ministre de la Défense, repose d’ailleurs très largement sur l’enrôlement de volontaires qui se verront proposer une carrière dans l’armée, une fois leur service national achevé. Les appelés ont par ailleurs l’avantage de pouvoir percevoir une indemnité durant leur séjour sous les drapeaux.

En plus des non-diplômés, les autorités militaires misent beaucoup sur la mobilisation de jeunes ayant fait des études supérieures. Des tests sont effectués depuis deux ans, avec l’ambition d’arriver à 12 000 recrutements d’ici l’année prochaine.

Actuellement, l’armée tunisienne compte un personnel régulier de 45 500 personnes et de 12 000 réservistes. Dans le dernier classement établi par le site américain spécialisé dans les questions de défense Global Fire Power en juillet 2017, elle arrive à la 78e place des plus grandes puissances militaires au monde. Elle occupait le 73e rang l’année précédente. 

Samia Lokmane-Khelil