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Pascal Auzannet : “Le Grand Paris Express doit bénéficier d’un pilotage présidentiel”

7 déc. 2017, PAR Bastien Scordia
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Ixxi

Actuel président d’Ixxi, filiale digitale de la RATP, et ancien directeur de la mission de préfiguration du Grand Paris, Pascal Auzannet juge “compréhensibles” les inquiétudes des élus locaux quant au bon avancement des travaux du Grand Paris Express. “Il faudrait bien évidemment qu’un discours rassurant vienne le plus vite possible de l’exécutif”, suggère celui qui fut également l’auteur, en 2011 et 2012, de rapports remis au gouvernement sur le sujet, dans lesquels il avait pointé une sous-estimation de 10 milliards d’euros.


Dès les prémices, vous avez participé à la définition et à l’élaboration du supermétro francilien, le Grand Paris Express, qui doit être achevé en 2030 avec la création de plus de 200 kilomètres de lignes et de 68 gares autour de la capitale. Mais les élus locaux redoutent aujourd’hui d’éventuels renoncements de l’exécutif dans la conduite du projet. Comprenez-vous leurs inquiétudes ? 

Leurs inquiétudes sont compréhensibles, puisque l’ancrage territorial est dans l’ADN même du Grand Paris Express. La vision a été initiée par Nicolas Sarkozy et Christian Blanc [lorsqu’il était secrétaire d’État au Développement de la région capitale, ndlr], mais c’est aussi le projet des territoires. Depuis son initiation, il y a une dizaine d’années, le projet repose sur une véritable coconstruction entre l’État et les territoires. Celle-ci a pris du temps et repose sur plusieurs points d’équilibre qui concernent à la fois le financement, le calendrier d’avancement des travaux, les tracés, la localisation précise des gares, le volet architectural… Les élus locaux se sont appropriés le Grand Paris et ont véritablement participé à son élaboration. La mobilisation et la vigilance des élus a, dès le début, été très forte. Voyez l’accord historique conclu le 26 janvier 2011 entre le ministre de la Ville en charge du Grand Paris, Maurice Leroy, et le président de la région Île-de-France, Jean-Paul Huchon. Cet accord a permis de fusionner les projets portés par l’État et la région : le métro du Grand Paris et le plan de mobilisation, ce dernier comportant de nouveaux tramways, des tangentielles et des éléments sur les transports du quotidien. Cet accord est intervenu après un débat public de quatre mois au cours duquel tous les acteurs locaux, économiques et associatifs se sont fortement exprimés. Et ils ont été entendus. Maurice Leroy a su, avec beaucoup de méthode, aussi fédérer d’importants acteurs politiques, en particulier Claude Bartolone, Christian Favier, Jacques JP Martin et Pierre Mansat. Pour ce qui concerne le métro, on est passé de 60 kilomètres de rocade – c’est le projet Métrophérique proposé par la RATP dès 2005 – à aujourd’hui 200 kilomètres ! Expliquer aux élus, aujourd’hui, que l’on pourrait revoir la copie passe très mal, bien évidemment. Mais aucune parole officielle n’exprime une telle option.

L’exécutif doit-il rapidement présenter sa feuille de route pour l’avenir du Grand Paris Express ?

Un projet de cette importance – 200 kilomètres dans la région capitale – doit bénéficier d’un pilotage présidentiel. C’est parce qu’il y a eu un tel pilotage dès le lancement du projet avec Nicolas Sarkozy que l’on est parvenu à faire le Grand Paris Express. Comme ce fut le cas après l’alternance de 2012, dans une certaine forme de continuité, la vision autour du projet doit aujourd’hui être confirmée. Tout le monde est désormais en attente de la feuille de route et il faudrait bien évidemment qu’un discours rassurant vienne le plus vite possible. Mais je suis persuadé que le président de la République saura intégrer dans ses décisions la vision et l’ancrage territorial du Grand Paris. 

L’échéance d’une livraison pour 2030 peut-elle véritablement être respectée ? 

Il faut tenir compte de “la vraie vie” des projets. C’est ce que j’avais expliqué aux élus en 2012. Un tunnelier ne peut réaliser, en moyenne, que 250 mètres par mois. Inutile de chercher à le pousser pour aller plus vite ! C’est bien d’être optimiste dans les calendriers, sauf que l’on sait qu’ils seront toujours décalés en raison des contraintes techniques, géologiques et procédurales, notamment. Il faut aussi prendre le temps nécessaire pour bien maîtriser les coûts. C’est un parcours du combattant. Quand j’ai remis mon rapport au gouvernement, j’avais expliqué que l’échéance ne serait atteinte qu’en 2030. Cela n’a pas toujours été compris. Certains élus locaux ne voulaient pas entendre que l’essence même des projets comporte parfois son lot de dérives. Depuis, d’autres décalages ont été annoncés, comme cela était prévisible… 

D’autres éléments, comme les jeux Olympiques de 2024, ne risquent-ils pas aussi de bousculer un peu le calendrier initialement prévu pour le Grand Paris Express ?

J’ai cru comprendre qu’il fallait optimiser et intensifier l’avancement des travaux pour être prêt pour 2024. C’est un beau challenge de se donner un tel objectif. Reste encore à faire face aux contraintes techniques. Il faut se donner tous les moyens pour respecter les délais et les coûts au maximum. 

Le mode de financement du projet est-il soutenable ? Celui-ci repose sur des ressources fiscales dévolues à la Société du Grand Paris, qui par la suite souscrit des emprunts dont le remboursement complet doit s’étaler sur une longue période…

Un coût de l’ordre de 30 milliards d’euros me paraît raisonnable. N’oublions pas que nous avons seulement fini de payer le métro parisien – construit au début du XXe siècle – au début des années 1970. Toute l’originalité du mode de financement inventé par Christian Blanc pour le Grand Paris Express repose sur la mise en place d’une fiscalité spécifiquement francilienne. Ce n’est pas le contribuable national qui le finance. C’est une force et un atout incontestables. Grâce notamment à cette fiscalité – la Société du Grand Paris perçoit chaque année 550 millions d’euros de recettes, auxquelles se rajouteront les redevances d’usage des futurs opérateurs –, il est possible de souscrire d’importants emprunts. C’est une force extraordinaire qui devra être préservée dans le chantier de réforme de la fiscalité locale promis et annoncé par le président de la République [lors du Congrès des maires de France, le 23 novembre dernier, ndlr].