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Mounir Mahjoubi, stratège de l’inclusion numérique

13 déc. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Vincent Loison/SIPA/SIPA

Le secrétaire d’État au Numérique a lancé, le 12 décembre, une “stratégie nationale pour un numérique inclusif”. Publics ou privés, tous les acteurs sont mis à contribution et appelés à financer les meilleurs mécanismes de médiation auprès des 13 millions de Français qui restent très éloignés des nouvelles technologies.


Cette stratégie lancée par le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, s’appelle “Ensemble pour un numérique inclusif” et elle est habile. Inclusive, elle l’est en effet à double titre : d’abord pour “répondre à l’urgence primordiale d’accompagner nos 13 millions de concitoyens en difficulté face au développement toujours plus rapide des technologies et usages numériques”. Ensuite, parce qu’elle implique tous les acteurs, publics comme privés, lesquels seront invités à financer la stratégie, une fois aboutie, mi-2018.

C’est ce qu’on appelle “l’intelligence collective”, résume Mounir Mahjoubi dans un communiqué de presse, le 12 décembre. “Notre objectif est qu’à l’été 2018, chaque territoire soit en mesure de déployer des parcours d’accompagnement et de formation au numérique en phase avec les besoins locaux, partout et pour tous”, explique-t-il.

Assurant le rôle du grand ordonnateur, le secrétariat d’État au Numérique auditionne actuellement les candidats qui souhaitent intégrer l’un des groupes de travail annoncés dans le cadre de la stratégie. “Nous recevons beaucoup de propositions et le cabinet veille à l’équilibre des parties prenantes entre les élus, les organismes locaux et les associations”, indique à Acteurs publics l’entourage de Mounir Mahjoubi.

Atteindre et orienter les publics cibles

Trois axes ont été définis pour “construire un langage et des référentiels communs, ainsi que les outils nécessaires au déploiement d’une action inclusive dans tous les territoires”.

Un premier groupe de travail aura pour mission de définir les catégories d’usagers en situation d’exclusion numérique et de construire les parcours d’orientation adaptés à chacun de ces publics, en fonction de leurs freins et de leurs motivations, de leur niveau de compétence, mais également de leurs points d’entrée dans les territoires.

Le deuxième groupe de travail se penchera sur la qualification et la structuration de l’offre d’accompagnement au numérique dans les territoires, afin d’améliorer sa visibilité et de mieux répondre aux différents besoins des usagers et publics cibles. Il devra “construire un référentiel national commun de l’accompagnement au numérique, qui permettra une lecture simple de l’offre de services proposée par chaque lieu : assistance, médiation, formation, etc.”, détaille le secrétariat d’État au Numérique.

Une enveloppe dédiée, mi-2018

Afin de mieux allouer les ressources disponibles et d’assurer la pérennité de l’offre d’accompagnement, un troisième groupe de travail, appuyé par l’inspection générale des Affaires sociales (Igas), aura pour objectifs de déterminer les mécanismes de financement efficaces, d’évaluer l’effort financier actuellement consacré à l’accompagnement et à la médiation numériques, mais aussi d’identifier de nouvelles sources de financement, “notamment parmi les organisations, publiques et privées, ayant un intérêt à la montée en compétences numériques de la population”.

Car si la stratégie nationale évite pour l’instant de “parler argent”, “il y aura bel et bien une enveloppe dédiée, à l’été 2018”, confirme à Acteurs publics l’entourage de Mounir Mahjoubi. “Nous souhaitons que tous les acteurs s’impliquent. L’État sera un des financeurs, mais il ne sera pas le seul, car tous les acteurs vont in fine tirer parti des formations qui seront offertes.” C’est donc “un équilibre” qu’il faudra trouver… Ce qui n’inquiète pas outre mesure le secrétariat d’État, qui salue “des collectivités locales très ouvertes, avec qui les échanges se passent très bien”.

Le département, échelon stratégique

Tous les espoirs – ou presque – reposent en effet sur elles, la stratégie pour l’inclusion numérique prévoyant que les collectivités “se coordonnent à l’échelon départemental” afin d’identifier les publics concernés, l’offre d’accompagnement possible et, au final, “la solution la plus pertinente”.

Mais l’État ne les abandonnera pas, promet-on dans l’entourage de Mounir Mahjoubi. Pour “aider” les collectivités locales, “un quatrième groupe de travail, transverse, aura pour mandat de recenser les stratégies numériques inspirantes à différents échelons (métropoles, intercommunalités, départements, régions), de formaliser les modèles de gouvernance territoriale qui fonctionnent, ainsi que de proposer une méthode permettant le passage à l’échelle des initiatives territoriales : bonnes pratiques, résolution des irritants, conditions de réussite…” Habilement pensé.