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La démission de la présidente du Conseil national du numérique, un revers pour Mounir Mahjoubi

19 déc. 2017, PAR Bastien Scordia
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La désormais ex-présidente du CNNum, Marie Ekeland et le secrétaire d'Etat, Mounir Mahjoubi, le 11 décembre - © M.Astar/Sipa

Récemment nommée présidente du Conseil national du numérique (CNNum), Marie Ekeland a annoncé sa démission mardi 19 décembre. Le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, lui avait demandé de revoir la composition de l’instance. “La forme actuelle de nomination et de fonctionnement du CNNum portent à confusion et ne peuvent pas garantir son indépendance”, dit la présidente démissionnaire. 27 autres membres sur 30 ont démissionné dans la foulée.


Coup de tonnerre. Une semaine tout juste après sa prise officielle de fonction, la présidente du Conseil national du numérique (CNNum), Marie Ekeland, a annoncé, mardi 19 décembre, sa démission de l’instance, suivie par celle de 25 autres membres. Dans un message commun, publié quelques heures après la démission de leur présidente, 27 autres membres ont eux-aussi annoncé leur départ, constatant "l'impossibilité de mettre en oeuvre" le projet de Marie Ekeland et considérant "que le travail du Conseil ne peut plus se faire selon des modalités efficaces." Un revers pour le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi (auprès duquel le Conseil est placé). Cette démission intervient suite une polémique sur la composition de l’instance.

Le 13 décembre, le gouvernement, par la voix de son secrétaire d’État, avait en effet demandé à Marie Ekeland de remanier son équipe, quelques jours seulement après en avoir vanté les mérites lors de la présentation de ses 30 nouveaux membres. En cause, les réactions intervenues dans l’intervalle à propos de la nomination, au sein du conseil, de la militante féministe antiraciste Rokhaya Diallo, dont certains propos antérieurs critiquant “un racisme d’État” avaient choqué. La nomination avait pourtant été validée par le gouvernement d’Édouard Philippe, qui n’avait pas anticipé les critiques et a préféré se déjuger, eu égard à la polémique.

Indépendance mise à mal

La forme actuelle de nomination et de fonctionnement du CNNum portent à confusion et ne peuvent pas garantir son indépendance”, affirme aujourd’hui Marie Ekeland dans un message publié sur le site de l’institution et intitulé “Demain est un autre jour” [cliquez ici pour le consulter]. Comme le précise le décret du 8 décembre dernier élargissant les missions du CNNum, les membres de l’instance sont nommés par arrêté du Premier ministre, sur proposition du ministre chargé du Numérique, pour une durée de deux ans. Le cadre de l’instance avait été revu par le décret du 8 décembre, un décret marqué par une écriture un peu tarabiscotée et un descriptif oscillant entre service à la disposition du gouvernement et indépendance.

Le projet que “j’ai porté d’ouverture, d’indépendance de pensée et de diversité [intitulé quant à lui “Penser demain”, ndlr], a été mis à l’épreuve dès le démarrage, ajoute Marie Ekeland. Je ne vois pas aujourd’hui comment continuer à le porter en maintenant son essence et de bonnes chances de réussite.”

Hors de question pour autant, pour celle qui est cofondatrice du fonds de capital-risque Daphni, d’abandonner les réflexions sur les enjeux “vitaux” posés par le numérique. “Je continuerai, différemment et avec ceux qui le souhaitent, à œuvrer pour penser un demain qui soit, pour tous, juste, durable et heureux”, souligne Marie Ekeland.

Institution maudite ?

Dans son message, la désormais ex-présidente du CNNum appelle aussi à “préserver” la “pérennité” de l’instance, “son rôle […] crucial” et son “indépendance”. Reste que ce conseil semble, en quelque sorte, maudit.

Le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, lui a répondu par voie de presse. “L’indépendance, ça ne veut pas dire « trop loin »”, a-t-il déclaré dans Le Monde. Dans le milieu des start-up, les débats sont légion. Quand un projet rate, on arrête et on recommence, a-t-il tenté de relativiser. Marie Ekeland a voulu un projet pour le CNNum très global, cela ne permettait pas d’avancer sur les questions du numérique.” Il souhaite désormais un Conseil “encore plus orienté sur les quartiers populaires et la ruralité”. Pour le secrétaire d’État, cette démission constitue une mauvaise nouvelle de plus dans ce dossier du CNNum.

Avant la nomination de Marie Ekeland, le CNNum avait déjà subi une longue crise de gouvernance. Après l’élection d’Emmanuel Macron et avant la nomination de Marie Ekeland à sa tête, ses 3 vice-présidents avaient décidé de quitter le navire faute d’absence de stratégie claire.

Des rumeurs avaient également circulé soit sur une aspiration du CNNum par le cabinet du ministre – sur fond de réduction de la taille des cabinets ministériels –, soit, au contraire, sur un contournement assumé d’une instance devenue subitement inutile. Finalement, le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi, lui-même ancien président de la structure, a décidé de placer à ses côtés ce Conseil aux missions largement redéfinies par le décret du 8 décembre.