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Gérard Collomb prône des parcours croisés sécurité public-privé

20 déc. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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J-B BRUYNOOGHE/SIPA

Le ministre de l’Intérieur souhaite créer un réseau rassemblant hauts cadres du ministère et directeurs de la sûreté des entreprises pour échanger des informations sensibles. Nous ne devons rien nous interdire, a-t-il ajouté, creusant un peu plus le sillon de la co-costruction de la sécurité entre public et privé.


Au fond, il ne faut rien d’autre que de l’audace. D’abord, celle de "dépasser le cloisonnement entre public et privé". Ensuite celle « de savoir adjoindre à la culture du secret inhérente nos métiers, celle du partage de l’information et du dialogue », a clamé le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, devant le Club des Directeurs de la Sûreté et de la sécurité des Entreprises (CDSE) le 19 décembre.

« Nous avons l’ardente obligation de travailler ensemble », a poursuivi Gérard Collomb, premier ministre de l’Intérieur à être convié pour une allocution d’ouverture du colloque d’un club haut de gamme estampillé « privé ». « On le sait, les 250 000 policiers et gendarmes que compte notre pays ne seront jamais en capacité de protéger l’ensemble des sites considérés comme sensibles par les entreprises. »

Hybridation des cultures

Si son prédécesseur Bernard Cazeneuve avait ouvert la voie, l’actuel locataire de la Place Beauvau veut lui, s’y engouffrer, appelant à « l’hybridation des cultures »« Il n’est plus possible de penser la sécurité ‘chacun dans son couloir’ quand nous sommes liés par des menaces communes, des enjeux partagés, auxquels nous devons opposer des réponses globales et concertées », soutient-il.

« J’agirai pour que soient développés les croisements de parcours entre les responsables de la police, de la gendarmerie et du renseignement et ceux de la sécurité dans les entreprises », illustre ainsi Gérard Collomb alors que nombre de directeurs de la sûreté sont d’ores et déjà d’anciens hauts fonctionnaires de police ou militaires de la gendarmerie.

Mais en retour, « le ministère de l’Intérieur doit être capable d’accueillir en son sein des talents issus du secteur privé », insiste-t-il. Comme un premier gage, Gérard Collomb a indiqué que des représentants des entreprises seront associés aux différents groupes d’évaluation de la délinquance présidés par les préfets dans le cadre de la mise en place de la police de sécurité du quotidien (PSQ).

Créer un réseau au sommet

En outre, l’État doit appuyer les entreprises dans la mise en œuvre de leurs politiques de sécurité, comme le font les référents sûreté ou encore les attachés de sécurité intérieure, avec qui les groupes français à l’étranger peuvent nouer des liens.

Seulement, nuance Gérard Collomb, « les services de l’État ne doivent pas seulement intervenir sur demande d’un responsable de la sûreté d’une entreprise. Il faut qu’ils soient toujours plus proactifs, en alertant les dirigeants quand ils recueillent une information importante ». Et c’est dans cette optique que sera constitué « un réseau » rassemblant hauts cadres du ministère et directeurs de la sûreté des entreprises, pour échanger des informations sensibles sur des sujets comme l’état de la menace terroriste, la cybercriminalité ou l’intelligence économique, a annoncé le ministre.

Nouvelle classification en plus des OIV

Accédant à une requête formulée par le CDSE, le ministre s’est également montré ouvert à l’élargissement du nombre d’entreprises bénéficiant d’une classification spécifique en matière de sécurité. Il existe actuellement près de 200 opérateurs d’importance vitale (OIV), qui ont accès à des informations et des outils privilégiés comme la possibilité de procéder à un criblage de leurs salariés ou celle, pour les directeurs de la sûreté, d’être habilités « confidentiel défense ».

« Vous le savez mieux que moi, le nombre d’entreprises menacées est bien plus important qu’hier, a relevé le ministre. Et d’énumérer : « Ce n’est plus seulement la centrale nucléaire, le site chimique, l’usine de défense ou la gare qui sont menacés par une attaque. C’est le data center abritant des données sensibles, c’est l’entreprise à laquelle un hôpital sous-traite la gestion de sons système d’information, c’est le laboratoire avec lequel un groupe pharmaceutique travaille sur des vaccins… »

Quant aux possibilités d’action des agents de sécurité privée, aujourd’hui strictement limitées par la loi, une mission parlementaire sera lancée en janvier prochain sur « le continuum de sécurité », chargée de formuler des propositions pour les étendre. « Je crois que nous ne devons rien nous interdire », a conclu Gérard Collomb laissant libre cours à toutes les interprétations.