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Bientôt un téléphone dans chaque cellule de prison française

2 janv. 2018, PAR Bastien Scordia
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© Christophe Ena/AP/SIPA

Après une expérimentation réussie, le ministère de la Justice souhaite désormais équiper de téléphones plus de 50 000 cellules françaises. Un appel d’offres a été lancé en ce sens. Cette mesure doit notamment permettre de lutter contre les trafics de téléphones portables, mais aussi de fournir à l’administration pénitentiaire de précieux renseignements grâce aux écoutes.


Des cellules connectées. Le ministère de la Justice a lancé un appel d’offres visant à installer des téléphones dans la quasi-totalité des cellules de prison françaises (hors quartiers disciplinaires), afin de permettre aux détenus d’appeler des numéros autorisés par le juge ou l’administration pénitentiaire. “Cela favorise la réinsertion, en maintenant les liens familiaux”, a expliqué la Place Vendôme, confirmant une information du Monde, mais aussi “de diminuer les trafics de téléphones portables”. Au premier semestre 2017, 19 339 téléphones portables et accessoires ont été découverts dans les prisons françaises, qui comptaient, au 1er juillet dernier, quelque 70 000 personnes, condamnées ou en attente de leur procès.

Publié le 3 novembre dernier sur le site de la Plate-forme des achats de l’État (Place), l’appel d’offres en question prendra fin le 8 janvier à 17 heures. Dans le détail, ce contrat de concession de services publics (CSP) prévoit, pour une durée de dix ans, la fourniture, l’installation, la mise en œuvre, l’exploitation et la maintenance d’une infrastructure de téléphonie et de vidéoconférence dans les établissements pénitentiaires à destination des personnes détenues et “permettant le contrôle de l’administration”. Au total, ce sont 50 144 cellules des 178 établissements pénitentiaires qui devraient être équipés, précise le dossier de l’appel d’offres [cliquez ici pour le consulter].

50 millions de minutes par an

L’entreprise qui sera choisie par la Place Vendôme financera l’intégralité de l’investissement et […] se rémunérera par le prix des communications payées par les détenus”, expliquent nos confrères du Monde. Selon le même appel d’offres, la quantité de minutes en passe d’être consommées annuellement par les détenus est estimée à 50 millions.

Jusqu’à présent, les détenus avaient le droit de se rendre dans des cabines installées la plupart du temps dans les cours de promenade ou les coursives, à savoir les couloirs. L’accès à ces téléphones pouvait néanmoins s’avérer difficile pour ces derniers, compte tenu des démarches qu’ils doivent précédemment effectuer avant de passer un coup de téléphone, des plages horaires parfois retreintes ou encore des contraintes en matière de ressources humaines. Les surveillants doivent en effet accompagner les détenus aux téléphones disposés dans les établissements pénitentiaires.

Expérimentation jugée concluante

Le lancement de cet appel d’offres fait suite à une expérimentation menée depuis juillet 2016 dans la prison de Montmédy, dans la Meuse, et créditée de “succès” par la Chancellerie. Dans ce centre de détention, 291 cellules ont en tout été raccordées et le nombre de téléphones mobiles illicites trouvés en détention est en diminution de 25 % par rapport à la même période en 2016, “en dépit de l’absence de brouillage téléphonique sur l’établissement”.

Les téléphones ont également “permis d’apaiser les tensions au sein de la prison”, précise le ministère. “Il y a toujours eu des cabines téléphoniques dans les prisons, mais les personnels doivent accompagner les détenus, ce qui demande du temps et de la disponibilité. C’est donc compliqué”, a-t-on ajouté.

Renseignement pénitentiaire

Tout comme pour les détenus, la mesure sera bénéfique pour le renseignement pénitentiaire. Le ministère de la Justice exige en effet de la future entreprise retenue qu’elle mette à la disposition notamment de chaque établissement pénitentiaire et des directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP) de la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) un dispositif d’écoute et de contrôle des conversations téléphoniques des détenus.

Le système devra également permettre “d’enregistrer systématiquement, ou au cas par cas, le contenu des communications téléphoniques”. Un dispositif qui ne devra être activé “que sur demande de l’administration”, ajoute le dossier de consultation de l’appel d’offres. Le contrat de concession devrait être signé en avril ou mai prochain et les premières cellules pourraient être équipées d’ici la fin de l’année.