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Le royaume saoudien veut recruter plus de femmes dans le secteur public

19 févr. 2018, PAR Acteurs Publics
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AP/SIPA

Dans son programme de réformes Vision 2030, le prince héritier Mohamed Ben Salman projette d’accroître considérablement le nombre des Saoudiennes qui travaillent. Elles représentent actuellement 22 % de la population active dans le pays et 5 % des effectifs de la fonction publique.


Une première en Arabie Saoudite. Le parquet de Ryad vient de publier un avis de recrutement de femmes aux postes de lieutenants-enquêtrices. Il y a un mois, les services de l’émigration ont également fait part de leur intention d’employer une centaine d’agents féminins dans les aéroports. Environ 100 000 candidates ont répondu à cette dernière annonce, révélant l’existence d’un vivier important dans un pays ou l’emploi des femmes demeure très minoritaire.

Actuellement, les Saoudiennes constituent 22 % de la population active. Elles sont 5 % dans la fonction publique, un secteur qui emploie pourtant 70 % des salariés saoudiens et où elles sont cantonnées à des postes d’enseignantes ou de médecins.

Jusque-là, des dispositions légales rigoureuses ont empêché les femmes d’accéder à la vie active. Le code de travail liste un certain nombre de professions interdites aux Saoudiennes, comme la magistrature, l’architecture et l’ingénierie. Il limite en outre, assez significativement encore, la mixité sur les lieux de travail en édictant des règles de séparation des hommes et des femmes dans les entreprises, les commerces et les administrations.

Plus de chaperon pour accomplir les actes de la vie quotidienne

Aujourd’hui, beaucoup en Arabie Saoudite s’attendent à ce que ces règles soient totalement supprimées. Les réformes engagées depuis quelques années, en faveur de l’émancipation des femmes et de leur accès à la sphère publique, permettent en effet de le penser.

En 2011, le défunt roi Abdallah avait autorisé les Saoudiennes à siéger au conseil de la Choura, une instance qui conseille le gouvernement. Les femmes ont obtenu par la suite le droit de voter aux élections municipales et de s’y présenter en tant que candidates. Elles ont également été autorisées, en 2012, à travailler en tant que vendeuses, dans des magasins avec une clientèle exclusivement féminine, et dans des établissements hôteliers.

Après la chute des prix des hydrocarbures en 2014, la promotion de l’emploi des femmes a pris une plus grande ampleur, avec l’adoption de mesures encore plus audacieuses. Le roi Salman a décidé, en mai 2017, d’abroger l’obligation qu’ont les femmes d’être accompagnées d’un chaperon dans leurs actes de la vie quotidienne, comme l’accès aux soins, à l’éducation ou lors de la recherche d’un emploi. Depuis janvier dernier, les Saoudiennes âgées de plus de 25 ans n’ont plus besoin d’être escortées par des membres masculins de leurs familles lors des démarches d’obtention d’un visa de voyage à l’étranger.

Un tiers de la population active en 2030

Mais la décision qui a fait le plus de bruit, ces derniers temps, concerne le droit accordé aux femmes de conduire un véhicule. Cette mesure, qui prendra effet à partir de juin prochain, est censée contribuer à une meilleure insertion professionnelle des Saoudiennes. Son instigateur est le puissant prince héritier, Mohamed Ben Salman, qui aspire à une plus grande féminisation des emplois. Dans son programme de réformes et de développement économique, Vision 2030, le jeune souverain vise à ce que les femmes constituent un tiers de la population active et qu’elles occupent des postes importants. La nomination, il y a quelques mois, de Sarah El Souhaimi à la tête de la bourse de Ryad a valeur de symbole. Cette jeune femme de 36 ans, diplômée d’Harvard, avait déjà fait parler d’elle en 2014, en devenant la première Saoudienne P.-D.G. d’une banque publique.

D’autres femmes, moins renommées, sont également parvenues à briser le plafond de verre. Mais elles sont encore très rares. En dépit des avancées qui viennent d’avoir lieu, l’Arabie Saoudite reste un pays ultraconservateur, où la discrimination sur la base du genre est très marquée.

Les Saoudiennes n’ont par exemple pas encore le droit d’ouvrir un compte bancaire. Il leur est également difficile de se faire délivrer une carte d’identité. Cela sans compter l’obligation qu’elles ont de se couvrir en public. À ce sujet, un changement semble pourtant se profiler. Un membre du Conseil des grands oulemas (la plus haute autorité religieuse du royaume) vient d’affirmer que les femmes devraient être dispensées de l’abbaya (longue robe noire), préfigurant un allégement des règles vestimentaires les concernant.

Samia Lokmane-Khelil