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Transformation numérique de la santé : la France a une longueur de retard

14 mars 2018, PAR Emile Marzolf
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Dans un rapport, le Syntec numérique interpelle le gouvernement sur le manque de moyens financiers alloués à la transformation numérique du système de santé et appelle à plus de visibilité sur l’avenir. 


“Si la volonté politique d’accélérer le virage numérique en santé est là, les investissements annoncés sont insuffisants au regard des enseignements internationaux.” Le constat du Syntec numérique, le syndicat des professionnels des services numériques, est sans appel. Dans un rapport baptisé “Lois et plans d’actions pluriannuels en santé - Quels enseignements tirer des expériences internationales ?”, le syndicat dresse un comparatif des plans d’action menés par différents États en matière de transformation numérique de leur système de santé. La France, bien qu’elle ait récemment présenté un plan visant à accélérer cette transformation, accuserait un retard sur de nombreux pays. Parmi eux, les pays scandinaves, l’Allemagne, la Chine et les États-Unis, mais aussi la Belgique, exemple à suivre, selon le syndicat. 

“Les autres pays se transforment déjà, souvent avec des longueurs d’avance”, déplore Isabelle Zablit, coprésidente du comité “Santé” du Syntec. Dans le rapport, le Syntec étudie les plans d’action menés ces dernières années dans le sens de la transformation numérique des systèmes de santé de 9 États. Et surtout, le budget qui leur a été alloué. “L’idée, c’est de jouer d’un effet miroir en allant voir ce qui se fait à nos frontières et même plus loin, tout en étant conscients qu’il s’agit de systèmes de santé différents et de maturités différentes”, explique Isabelle Zablit. Si tous les chiffres ne sont pas disponibles, l’organisation relève toutefois des points communs entre les programmes de modernisation étrangers. Elle constate notamment “une inscription dans le temps long” de ces programmes, d’une durée moyenne de trois ans, avec “des objectifs précis de déploiement” et des “financements dédiés”. 

Le rapport prend pour exemple le cas de la Norvège, qui n’a pas hésité à allouer 750 millions d’euros pour développer sa stratégie “One Citizen – One Health Record”, qui consiste à créer, depuis 2016, une plate-forme d’e-santé nationale. Le rapport insiste également sur le succès de la Belgique et souligne la clarté de ses plans, dotés de points d’action spécifiques, chacun accompagné d’un calendrier propre. 
 

Plusieurs plans d’investissements dans les tuyaux 

En France, le gouvernement avait dévoilé, lors de la présentation du Grand Plan d’investissement 2018-2022 à l’automne, ses axes de développement en matière de transformation numérique dans le domaine de la santé. Un budget total de 4,9 milliards d’euros était prévu, avec des enveloppes de 420 millions d’euros pour le programme Hôpital numérique, de 130 millions pour améliorer la coordination de la prise en charge des patients via une plate-forme numérique, de 50 millions d’euros pour la télémédecine ou encore de 100 millions d’euros pour développer des bases de données cliniques et autres outils d’intelligence artificielle.  

Le 13 février dernier, le gouvernement a finalement donné forme à ce projet en présentant les 5 chantiers de la transformation du système de santé français, dont le troisième est entièrement dédié au numérique. Il prévoit notamment de rendre les données médicales accessibles aux patients, de dématérialiser les prescriptions et de simplifier le partage d’information entre professionnels de santé. Il a été officiellement lancé le 9 mars sous le pilotage de Dominique Pon, directeur général de la clinique Pasteur de Toulouse, et d’Annelore Coury, directrice déléguée à la gestion et à l’organisation des soins de la Cnam. 


Manque de visibilité 

Isabelle Zablit salue l’ambition politique, mais déplore un manque de cohérence sur la forme : “Pour le moment, nous avons des effets d’annonce, mais nous manquons encore de jalons d’action compréhensibles et de moyens financiers à la hauteur.” Non seulement les plans de modernisation du système de santé se sont vu allouer des budgets jugés insuffisants par le Syntec, mais ils ne permettraient pas d’accompagner la transformation sur la durée.

Car l’impératif, selon le Syndicat et sa coprésidente, est de lancer des plans pluriannuels sur le modèle des lois de programmation militaires. “Une loi de programmation pluriannuelle donne un engagement de l’autorité publique sur plusieurs années avec des jalons d’exécution et des moyens associés, justifie-t-elle. Cela donne à tous les acteurs de la visibilité sur le long terme et leur permet d’être mobilisés du premier au dernier jour en engageant des équipes.” De quoi, selon le rapport, permettre au gouvernement et à tous les acteurs impliqués de mieux évaluer et ajuster leurs efforts dans le sens de la transformation numérique.  

Dans le cadre du chantier “Virage numérique” de la stratégie de transformation du système de santé, le gouvernement devrait lancer, courant avril, une série de consultations des acteurs du secteur en vue de proposer, avant l’été, ses premières mesures d’action.

Emile Marzolf