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Les femmes obtiennent 47 % des sièges aux conseils municipaux en Tunisie

14 mai 2018, PAR Acteurs Publics
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© Hassene Dridi/AP/SIPA

Ce score a été rendu possible grâce à la réforme du code électoral, qui a instauré le principe de la parité hommes-femmes sur les listes de candidature aux scrutins locaux et régionaux. La Constitution de 2014 a également introduit l’objectif de l’égalité dans les assemblées élues. Une bataille est engagée désormais pour la présidence des mairies importantes, comme celle de Tunis.


De nombreux médias tunisiens ont repris ces derniers jours dans leurs éditions le tweet de Max Gallien, un doctorant de la London School of Economics, spécialiste de l’Afrique du Nord, sur les résultats des élections municipales qui ont eu lieu dans le pays, le 6 mai dernier. Dans son message, le jeune chercheur fait remarquer que 47 % des élus aux assemblées communales sont des femmes et qu’avec ce score, la Tunisie bat certaines démocraties occidentales comme la France (40 %), le Royaume-Uni (33 %) et l’Allemagne (27 %).

Dans le monde arabo-musulman, l’importante percée des Tunisiennes constitue une première. Réagissant aux résultats avec enthousiasme, l’ambassadrice du Canada à Tunis, Carol MacQueen, a estimé sur Twitter que “la Tunisie, pionnière en matière d’émancipation des femmes, est en train de construire un nouveau corps de femmes leaders”.

Il reste à savoir désormais si les voix des nouvelles élues seront audibles dans les conseils municipaux et combien d’entre elles seront choisies pour présider les assemblées. Des batailles sont d’ores et dejà engagées dans certaines municipalités où la perspective d’avoir une femme comme maire ne plaît pas à tout le monde.

Parité horizontale

Dans la ville de Tunis, par exemple, deux candidats – Ahmed Bouazzi, du Courant démocratique (CD), et Kamel Iddir, de Niddaa Tounes (le parti du président de la République, Bedj Caid Essebssi) – sont en lice pour barrer la route à Souad Abderahim, qui représente le parti islamiste Ennahda. La candidate, une pharmacienne de profession, qui se définit plutôt comme indépendante, est connue pour son passé militant. Si elle est élue, elle sera la première femme à accéder à la fonction de maire.

Sa candidature et d’autres sont soutenues par des représentantes du mouvement féministe tunisien. L’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a appelé, il y a quelques jours, les différents partis qui ont remporté les élections municipales à honorer leurs engagements en permettant aux femmes d’occuper le poste de maire. Un appel identique a émané de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT).

Les militantes pour les droits des femmes se sont adressées par ailleurs à l’État, lui demandant de promouvoir davantage la parité hommes-femmes grâce à une réforme plus poussée de la loi. Elles revendiquent principalement la mise en place d’une parité horizontale qui permettra une présence équitable des candidats et des candidates en tête de liste, à l’occasion des prochaines échéances électorales.

Lors des dernières municipales, 30 % seulement des femmes qui se sont présentées au scrutin ont occupé cette position. Certains partis politiques ont d’ailleurs été accusés de populisme et vilipendés pour avoir utilisé l’image de certaines postulantes à des fins de propagande politique ou de communication.

Look plutôt branché

Les critiques les plus acerbes ont ciblé Ennahda, qui a intégré dans ses listes électorales des profils qui ne correspondent pas à son discours politique. Le cas le plus médiatisé concerne Salima Ben Soltane, une candidate au look plutôt branché et sans expérience politique, soupçonnée d’avoir servi d’appât pour pécher des voix à Sidi Bou Saïd, une localité huppée près de Tunis.

Plus globalement, les partis politiques ont été accusés d’avoir recruté des candidates surtout pour se conformer à la loi électorale qui impose, depuis deux ans, la présence égalitaire des hommes et des femmes sur les listes de candidature. Très ferme sur la question, l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) a d’ailleurs rejeté plus d’une dizaine de listes non conformes au principe de la parité.

À l’annonce des résultats des municipales, Anouar Ben Hassine, un des responsables de l’ISIE, a salué l’arrivée en masse des femmes dans les conseils municipaux. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, s’est exprimé quant à lui avant le scrutin, estimant que la féminisation des institutions “constitue un enjeu politique pour la Tunisie”. En 2014, une nouvelle Constitution a introduit l’objectif de l’égalité dans les assemblées élues.

Au sein des nouveaux conseils municipaux, les femmes seront 3 000 environ (sur un ensemble de 7 212 élus). Pour beaucoup, leur performance constitue un des rares points positifs des municipales. Ce scrutin, faut-il le rappeler, a été marqué par un fort taux d’abstention (64 %). Les deux grands partis, Ennahda et Nidaa Tounes, sont arrivés en tête, respectivement avec 30 % et 22 % des sièges. Les différentes listes indépendantes ont remporté, pour leur part, 33 % des sièges.

Samia Lokmane-Khelil