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Emmanuel Macron nomme une nouvelle ambassadrice en Hongrie

2 juil. 2018, PAR Pierre Laberrondo
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David Pauwels / The Jacques Delors Institute, CC by SA Wikimedias


C'est sans doute une coïncidence qui tombe à propos. L'ambassadeur de France en Hongrie, Éric Fournier, vient d'être remplacé à Budapest par un poids lourd du Quai d'Orsay : Pascale Andréani, 63 ans, ancienne représentante de la France à l'Otan en 2008, puis à l'OCDE en 2011. Une spécialiste des affaires européennes. La parution du décret de nomination au Journal officiel, le 30 juin [cliquez ici pour le consulter], intervient au lendemain d'une polémique concernant Éric Fournier, nommé ambassadeur à Budapest en septembre 2015, soit il y a presque trois ans.

Dans une note diplomatique datée du 18 juin, adressée à la direction de l'Union européenne (UE) du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et à l'Élysée et révélée le 29 juin par Mediapart, ce diplomate dépeignait la politique de Viktor Orban comme un “modèle” et dénonçait une “magyarophobie”. Reprenant les accusations d'antisémitisme formulées contre la Hongrie, le diplomate mettait dans sa note le “véritable antisémitisme moderne” sur le compte “des musulmans de France et d'Allemagne”. Ces révélations ont provoqué une importante polémique. Le Quai d'Orsay a pris ses distances.

Processus long

Interrogé le 29 juin par Mediapart lors d'une conférence de presse organisée dans le cadre d'un sommet européen, le Président Emmanuel Macron a répondu que ces positions ne correspondaient en rien à celle de la France. Il a dit “désavoue[r] en tous points les citations” d'Éric Fournier. Insistant sur le fait que la note était confidentielle, le Président s'est malgré tout montré prudent dans sa réaction, visiblement soucieux de ménager les diplomates et la liberté de ton dont ils peuvent faire preuve dans leurs notes internes, un outil souvent très précieux au pouvoir politique. “Cet ambassadeur aurait tenu publiquement ces propos, il aurait été révoqué sur le champ. Il appartiendrait à l'autorité de révoquer un ambassadeur parce qu'il dit ce qu'il pense ? Je ne le crois pas. Ou alors nous créerions un délit d'opinion au sein de la fonction publique.”

Le Président n'a, sur le moment, sans doute pas dit tout ce qu'il savait en la matière. La veille, le 28 juin, soit avant les révélations autour de la note, il signait le décret de nomination de la nouvelle ambassadrice. Il est donc très clair que le changement d’ambassadeur n'est pas lié à la polémique, ni même au contenu de la note du 18 juin. Car la nomination d'un ambassadeur, qui obéit à des processus spécifiques – notamment à un système de rotation des ambassadeurs en principe tous les trois ans – prend du temps et s'inscrit assez souvent dans des mouvements de gestion d'ampleur (plusieurs nominations de diplomates sont décidées en même temps). La nomination est d'abord entérinée en Conseil des ministres, sans publicité ni mention dans le compte rendu diffusé à la presse. La nomination fait ensuite l'objet d'une validation par le pays concerné, via ce que l'on appelle une demande d'agrément. Une procédure qui prend souvent plusieurs semaines, voire plusieurs mois (en l'occurence, Budapest avait délivré son agrément le 18 mai dernier). Ce n'est qu'après qu'est publié le décret au Journal officiel. Dans le cas d'Éric Fournier, le gouvernement a su le publier au moment opportun…

Directrice de la coopération européenne

Au cours de sa carrière, Pascale Andréani, énarque, a dirigé le cabinet d'Alain Lamassoure, ministre délégué aux Affaires européennes du gouvernement Balladur, puis dirigé le cabinet de ce dernier au ministère délégué au Budget et simultanément au porte-parolat du deuxième gouvernement Juppé. Conseillère de Jacques Chirac à l'Élysée en 1997, elle a aussi été la directrice de la coopération européenne au ministère des Affaires étrangères en 2000. Elle a par la suite officié comme secrétaire générale du comité interministériel pour les questions de coopération économique européenne, de 2002 à 2007. À ce poste clé, elle a conseillé à Matignon les Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin.