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L’Algérie va recruter 45 000 agents pour les collectivités locales

13 juil. 2018, PAR Acteurs Publics
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ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Les embauches, prévues pour le mois de septembre, serviront à combler le manque des effectifs dans les municipalités. À l’exception de l’éducation nationale, aucune autre administration n’a recruté aussi massivement du personnel depuis 2014.


Le ministère algérien de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, a annoncé, mardi 10 juillet devant les cadres de son département, que la fonction publique ouvrirait en septembre prochain 45 000 postes budgétaires au profit des diplômés de la formation professionnelle. Les nouvelles recrues seront déployées dans les différentes régions du pays, afin de renforcer les effectifs des municipalités et assurer plus particulièrement des missions d’appoint dans les écoles, comme la restauration, le transport, l’entretien et le gardiennage.

Le montant financier alloué à cette opération représente l’équivalent de 2 milliards d’euros. “Tous les moyens ont été mobilisés pour que la prochaine rentrée sociale se déroule dans de bonnes conditions”, a assuré Noureddine Bedoui. Plusieurs communes du pays se plaignent du manque de personnel pour assurer la gestion des services d’état civil et d’autres missions d’ordre logistique.

Cette pénurie se répercute en particulier sur le fonctionnement des écoles élémentaires. Régulièrement, des informations relayées par la presse régionale et les réseaux sociaux relatent le quotidien pénible d’enfants qui rejoignent leur école à pied, sur plusieurs kilomètres, et qui n’ont pas la possibilité de se restaurer à midi car leur établissement ne dispose pas de cantine ou n’a pas assez de personnel pour les gérer.

Municipalités au bord de la faillite

Le problème se pose avec une plus grande acuité dans les municipalités les plus démunies du pays, qui se trouvent dans les régions des hauts plateaux et du Sahara. La direction générale du Fonds commun de solidarité des collectivités locales (FCCL), qui dépend du ministère de l’Intérieur, vient de révéler que certaines sont au bord de la faillite. Une enquête du gouvernement en 2015 avait déjà levé le voile sur les difficultés financières des municipalités : 958 d’entre elles ont été classées pauvres sur un ensemble de 1 541. 

Actuellement, les communes emploient environ 500 000 salariés, dont 300 000 sont en CDI, le reste des effectifs étant des contractuels. Ces dernières années, le syndicat des travailleurs communaux est régulièrement monté au créneau pour réclamer de meilleurs salaires. Les contractuels exigent, de leur côté, une intégration définitive dans la fonction publique. Le statut sous lequel les 45 000 diplômés de la formation professionnelle seront embauchés n’a d’ailleurs pas encore été précisé.

Depuis la chute du prix des hydrocarbures, en 2014, les autorités algériennes ont réduit pratiquement à néant les recrutements dans la fonction publique. À l’exception du ministère de l’Éducation nationale, qui organise annuellement des concours pour combler les départs en retraite des enseignants et faire face à l’augmentation du nombre des élèves, aucune autre administration n’a embauché en masse du personnel.  

Recours au privé

Il y a deux ans, l’État avait annoncé son intention de se séparer de 40 % des 2,5 millions de fonctionnaires en poste. Plusieurs pistes avaient été envisagées. Il était par exemple prévu de ne pas remplacer les départs en retraite dans certaines administrations et de ne pas reconduire les CDD. Tout dernièrement, le Fonds monétaire international (FMI) a suggéré au pays de continuer à maîtriser l’évolution de la masse salariale dans la fonction publique pour corriger son déséquilibre budgétaire. En 1994, puis en 1998, un plan d’ajustement structurel qui avait été mené à la demande de cette institution avait conduit au licenciement de 400 000 agents publics.  

Pour éviter le retour à des recrutements massifs, l’État se tourne aujourd’hui vers le privé pour l’aider à faire fonctionner certains de ses services. Le ministre de l’Intérieur a fait savoir début juillet que les textes d’application de la loi sur la délégation du service public sont prêts. Ce texte autorise les collectivités locales, notamment, à externaliser certaines de leurs activités, comme l’alimentation en eau potable, le transport scolaire et la gestion des infrastructures sportives et culturelles.

Samia Lokmane-Khelil