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Au Maroc, les fonctionnaires seront concernés par le service militaire obligatoire

10 sept. 2018, PAR Acteurs Publics
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Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Certaines catégories d’agents des administrations publiques et les hauts fonctionnaires seront dispensés du service militaire obligatoire voulu par le roi. Le nouveau texte de loi sur le service militaire prévoit par ailleurs la réquisition, en cas de nécessité, des appelés les plus qualifiés par l’administration pour des missions ponctuelles.


Le Parlement marocain devra dans les prochains jours examiner le projet de loi n° 44-18 sur le service militaire. Ce texte adopté le 21 août dernier par le Conseil des ministres rétablit la conscription pour une durée de douze mois. Les Marocains des deux sexes dont l’âge varie entre 19 et 25 ans sont concernés.

Le passage sous les drapeaux s’appliquera également aux fonctionnaires. Selon l’article 14 de la nouvelle législation, les agents de l’État devront être mis à la disposition de l’administration de la défense nationale pendant toute la durée du service militaire. Mais ils conservent leurs droits à l’avancement, à la retraite, à la rémunération et à la prévoyance sociale dans leur administration d’origine et seront réintégrés à l’issue de la période de conscription.

Certaines catégories de fonctionnaires peuvent même obtenir des exemptions temporaires lorsque l’intérêt général recommande leur maintien en poste. Cette dispense touche en particulier les responsables des administrations (centrales et territoriales) et des entreprises publiques. Les hauts fonctionnaires sont également concernés, comme les ministres et les secrétaires d’État. Idem pour les parlementaires qui, à l’instar de tous les autres bénéficiaires de sursis, auront jusqu’à leurs 40 ans pour remplir leurs obligations vis-à-vis de l’armée.

Insertion sociale et professionnelle

Pendant ce temps, les promotions de conscrits peuvent être réquisitionnées, en cas de nécessité, pour effectuer des tâches ponctuelles dans les administrations publiques. Ces missions sont réservées aux individus qui ont des qualifications professionnelles et techniques.

Le Maroc va ainsi rétablir le service militaire obligatoire douze ans après l’avoir supprimé. Le roi Mohamed VI est revenu sur sa décision cet été, estimant, selon des sources, que la conscription était utile pour inculquer aux nouvelles générations de Marocains les notions de citoyenneté, de discipline et des principes comme le dévouement à la patrie. Dans un communiqué, le palais royal a affirmé que la restauration du service militaire vise à “améliorer l’insertion sociale et professionnelle des jeunes”.

En plus des entraînements et des exercices de maniement des armes et des équipements militaires, les conscrits bénéficieront d’une formation professionnelle et technique. Le but étant de les aider, plus tard, à trouver du travail, dans un pays ou le chômage des jeunes est très élevé. Selon une enquête rendue publique en février dernier par le haut-commissariat au Plan, chargé des statistiques au Maroc, 45 % des 15-24 ans résidant en milieu urbain sont sans emploi.

Le système éducatif est particulièrement ciblé pour ses défaillances. Dans un discours à la nation début août, le souverain marocain a reproché au système éducatif de fonctionner “comme une usine qui produit des légions de chômeurs”. Mais en dépit de ce constat, le rôle que l’armée s’apprête à endosser comme une école de substitution ne semble pas plaire à tout le monde, aux jeunes en premier.

Coût non chiffré

Ces derniers jours, une vidéo circule sur les réseaux sociaux, montrant des jeunes qui expliquent pourquoi ils refusent d’aller sous les drapeaux. Elle a été postée sur la page Facebook du collectif Maangadjich (“Je ne veux pas être mobilisé”), créé après la publication du projet de loi sur le rétablissement du service militaire.

Le collectif comprend un certain nombre d’organisations de la société civile et de défense des libertés publiques et individuelles. Elles demandent toutes au gouvernement de retirer le projet de loi, estimant qu’il a été adopté sans concertation avec la catégorie de citoyens ciblés par le service militaire.

Le collectif considère par ailleurs que la conscription va coûter à l’État des sommes faramineuses qui devraient être dépensées pour des projets plus prioritaires, comme l’emploi, l’enseignement et la santé. Il n’existe actuellement aucune estimation concernant le budget qui sera alloué à l’organisation du service national.

Avant le débat parlementaire, certains partis de l’opposition se sont déjà exprimés sur la nouvelle loi, demandant aux autorités plus de précisions. Notre parti estime qu'il est urgent que le gouvernement entreprenne un effort pédagogique pour communiquer autour de ce projet”, a notamment fait savoir Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal.

Samia Lokmane-Khelil