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L’absentéisme progresse dans la fonction publique territoriale

14 sept. 2018, PAR Emile Marzolf
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Dans une étude, l’association des DRH des grandes collectivités territoriales constate une légère augmentation de l’absentéisme dans la fonction publique territoriale (FPT). Une tendance qui se poursuit depuis 2014.


8,34 % : c’est le taux d’absentéisme pour l’année 2017 dans la fonction publique territoriale, en hausse de 0,24 point par rapport à 2016 et de 0,5 point par rapport à 2015, selon les résultats de la troisième édition du baromètre réalisé par l’Association des DRH des grandes collectivités (ADRHGCT), publiée le 13 septembre, et qui ne prend pas en compte les congés maternité.

Pour arriver à ces conclusions, l’association a collecté des données auprès de 184 collectivités (représentant près de 350 000 agents publics territoriaux, soit 20 % de la totalité). Sur ces 184 collectivités, 71 d’entre elles sont des communes, 39 des départements, 44 des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), 22 des centres communaux d’action sociale (CCAS) et 4 des régions. Cette étude ne prend évidemment pas en compte le rétablissement de la journée de carence, intervenue en janvier 2018.

Motifs et nature des absences

Selon l’association des DRH, la moitié des absences ont pour cause la maladie ordinaire. Mais elle pointe aussi le fait que 16 % des absences sont liées “à des problématiques de prévention sur lesquelles les collectivités ont un pouvoir d’action directe”, comme les accidents de travail et les maladies professionnelles. Elle souligne ainsi “l’impérative nécessité pour les collectivités locales de s’emparer de la thématique de l’amélioration des conditions de travail des agents”. Quant aux congés de longue durée, pour maladie grave ou longue, ils pèsent pour plus d’un tiers des arrêts.

En termes de gravité, l’étude indique que la “durée moyenne des arrêts a augmenté pour tous les types de collectivités entre 2016 et 2017”, avec en tête, les CCAS, pour lesquels la durée moyenne des arrêts s’étend à 25 jours.

Facteurs différenciants

Si l’on regarde ces chiffres de plus près, on constate que le taux d’absentéisme varie fortement selon qu’un agent est employé d’un type de collectivité plutôt que d’un autre. Les CCAS sont à ce titre les plus touchés par l’absentéisme, avec un taux de 11,3 %, malgré une baisse de près d’un point sur un an. À l’inverse, les départements et les EPCI affichent un taux stable, mais plus faible (7,3 %), quand les régions et les communes affichent respectivement un taux de 9,1 % et 8,8 % (+ 0,3). En termes d’exposition, les CCAS sont également les moins bien classés, 65 % de leurs agents ayant été absents au moins une fois en 2017. Les communes les suivent de près avec 64 % d’agents concernés, soit un peu moins de 10 points de plus que pour les départements et les EPCI.

L’absentéisme ne touche pas non plus tous les agents publics de façon homogène. Il dépend très largement de leur activité et de son degré de pénibilité. Aussi les agents de la filière sportive sont-ils les moins absents (4,9 %), tandis que les filières médico-sociales (8,9 %) et techniques (10,4 %) sont les plus touchées. De même, c’est dans l’emploi public de catégorie C que l’on retrouve les taux les plus élevés, avec 10,2 % d’absentéisme, contre seulement 4 % pour la catégorie A et 5,2 % pour les agents de catégorie B.

Enfin, d’un point de vue géographique, de fortes disparités subsistent. Dans certaines régions, les congés maladie sont plus nombreux mais semble-t-il moins graves. En Île-de-France par exemple, le taux d’absentéisme est élevé (8,7 %) et touche plus de 70 % des agents, mais la durée des congés est relativement courte (16 jours en moyenne). À l’inverse, en Bourgogne-Franche-Comté, si le taux d’absentéisme est également très élevé (8,8 %), moins d’agents sont concernés (56 %) et les arrêts maladie sont bien plus longs (28,5 jours en moyenne). D’autres régions, comme la Bretagne et la Normandie, affichent, elles, des taux moins inquiétants (7,6 % et 7,7 %).

Insuffisance des actions de prévention

Dans le même document, l’Association des DRH explique la confirmation de la hausse de l’absentéisme dans la fonction publique territoriale par l’insuffisance des actions de prévention mises en œuvre dans les collectivités. Selon son baromètre, la formation reste le principal levier de prévention mis en œuvre, alors qu’elle n’agit principalement que “contre les accidents de travail”, lesquels ne représentent qu’une part minoritaire des arrêts. Plus de la moitié des collectivités interrogées n’auraient par ailleurs pas mené d’audit afin d’identifier les causes de l’absentéisme. Ce serait pourtant la “première mesure à entreprendre”, selon l’ADRHGCT, “avant d’établir un plan d’action”.

Dans le détail des actions qui peuvent et sont mises en place pour lutter contre l’absentéisme, les DRH des collectivités interrogées estiment que la formation est le meilleur levier à leur disposition, juste devant “les travaux ergonomiques sur le plan de travail”. En revanche, les contre-visites médicales ciblées, les modulations du régime indemnitaire en fonction des absences et les mesures disciplinaires sont considérées comme les moins efficaces par les directeurs des ressources humaines. Selon eux, l’efficacité des actions de prévention pâtit d’un manque de ressources et de leviers juridiques disciplinaires, mais aussi de la qualité insuffisante des données issues des systèmes d’information de gestion des ressources humaines (SIRH).