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Le système de santé du Royaume-Uni proche de l’implosion

15 janv. 2018, PAR Acteurs Publics
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L’hôpital North Middlesex d’Edmonton, au nord de Londres, fait partie des établissements dont les urgences ne parviennent plus à faire face à la demande. - © DHF/WENN.COM/SIPA

Le National Health Service (NHS) a annoncé, début janvier, qu’il devait annuler 55 000 opérations non urgentes ce mois-ci et les reporter en février. Des experts estiment qu’il faudrait investir près de 4 milliards d’euros supplémentaires par an pendant dix ans pour répondre aux demandes des patients.


C’est ce qu’on appelle la crise d’hiver au Royaume-Uni. En flux très tendus, les services d’urgence des hôpitaux britanniques croulent sous les arrivées de nouveaux patients en fin d’année et y répondent difficilement. Mais cette année, la crise a atteint un tel paroxysme que des dizaines de milliers d’opérations de routine prévues en janvier ont été reportées au mois prochain. Autre chiffre officiel, 17 000 patients sont restés au moins trente minutes dans les ambulances à l’extérieur des hôpitaux durant la nuit de Noël par manque de place aux urgences et une bonne partie d’entre eux ont dû y être soignés par les infirmiers.

Cette affaire sensible irrite tellement les citoyens britanniques que la Première ministre, Theresa May, a dû faire acte de contrition publique lors d’une visite dans un hôpital en s’excusant pour le report des opérations prévues en janvier.

Depuis 2010, le budget du Service national de santé du Royaume-Uni (NHS) n’a pas augmenté, en dépit d’une demande, elle, croissante. En 2017, le Bureau pour un budget responsable a déclaré que l’hôpital public nécessitait une augmentation de 2 % de son budget annuel pendant cinquante ans pour faire face à ses besoins, soit près de 100 milliards d’euros. Les experts de 3 fondations ont estimé que, pour fonctionner, le système devrait bénéficier de 4,5 milliards d’euros supplémentaires par an durant les dix prochaines années.

36 000 postes d’infirmiers vacants

Dans une lettre ouverte au secrétaire d’État à la Santé, le 11 janvier, le conseil d’administration du NHS a demandé au gouvernement de “stopper cette politique consistant à ne donner au NHS que de petites augmentations de budget”. Le directeur général du NHS a expliqué que le système de santé publique était à un point où il ne pouvait plus fournir son service standard et qu’il n’avait plus la capacité de répondre aux demandes des patients.

Les experts évoquent aussi une pénurie de personnel grandissante. Il faudrait près de 90 000 professionnels de santé supplémentaires pour retrouver un service normal, soit près de 10 % des effectifs totaux. Or, en 2017, près de 700 infirmières en moins ont commencé leur formation en Angleterre depuis que le gouvernement a mis fin aux bourses, en 2015. Le contrôleur des hôpitaux britannique a indiqué qu’il y avait au moins 36 000 postes d’infirmiers vacants au sein du NHS.

Et ce ne sont pas les personnels provenant des pays membres de l’Union européenne qui vont enrichir les effectifs car l’effet Brexit joue. Selon le Conseil des infirmiers et des sages-femmes, 36 200 infirmières et sages-femmes originaires de la Communauté européenne travaillaient dans les hôpitaux britanniques en septembre 2017, soit près de 8 % de moins par rapport à 2016.

Jean-Bernard Gallois