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Quand d’anciens leaders du Snes donnent une leçon de syndicalisme à leurs successeurs

18 mars 2016, PAR Soazig Le Nevé
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Le 10 octobre 2015, lors d’une manifestation contre la réforme du collège. - © Sevgi/SIPA

Un professeur du secondaire “accroché à sa discipline comme la moule sur son rocher”. Non, la critique n’émane pas d’adversaires du Snes, mais de trois de ses anciens dirigeants. Le congrès du syndicat d’enseignants, à Grenoble dans dix jours, promet d’être houleux. 


Dire ses quatre vérités au Snes quitte à passer pour des adhérents déloyaux. C’est ce qu’entreprennent trois anciens chefs de ce syndicat majoritaire chez les professeurs de collège et lycée, en signant une contribution au débat avant le congrès de l’organisation, prévu du 28 mars au 1er avril à Grenoble. Dans ce texte versé au pot commun sur le site du Snes, il est question de “moule accrochée à son rocher”, de “mandats adaptés à la fin du siècle dernier”, de “manque d’anticipation de la réforme du collège” ou encore d’“absence de réflexion d’ensemble”.

Les trois auteurs livrent un commentaire sans concessions sur un prérapport proposé aux adhérents par l’actuelle direction du Snes et intitulé “Réussir, du collège au lycée”. “Ce prérapport semble bien défensif et ne propose pratiquement aucune piste nouvelle pour le système éducatif, estiment Denis Paget, Jean-François Maillard et Elizabeth Labaye. On y retrouve essentiellement un Snes qui reconduit de vieux mandats, la plupart du temps assez sommairement exprimés, parfois très en retrait par rapport à ce qui s’écrivait il y a plusieurs décennies.” L’actuelle direction, coassurée par Frédérique Rolet et Roland Hubert, porterait ainsi des “mandats qui étaient adaptés à la fin du siècle dernier mais qui […] semblent très inefficaces aujourd’hui”.

Dénoncer sans jamais dire ce qu’il faut faire

Pour les trois “ex”, le problème du Snes est simple : “Nous vivons refermés sur nous-mêmes et sur des principes que la réalité contredit” et “nous nous contentons de dénoncer sans jamais dire ce qu’il faudrait faire”. Quelle stratégie syndicale sur la réforme du collège ? “Le seul mot d’ordre de l’abrogation”, constatent-ils, assurant que de leur temps, “nous prenions au moins la précaution de présenter nos contre-propositions, même si c’était toujours un peu à coups de slogans”. Aujourd’hui, le Snes “se contente d’égrener les vices réels, ou supposés pour certains, de la réforme”.

“L’analyse des défaillances actuelles du système éducatif n’est pas menée (…) Rien non plus sur la crise profonde de la relation pédagogique qui aboutit à une pression évaluative continuelle, à la multiplication des sanctions et des conseils de discipline (…) Encore moins sur les difficultés et la pénibilité accrue du métier qui ne tient pas seulement aux conditions de travail, au management et à l’application ou non des nouveaux statuts mais à l’incapacité du système de penser l’exercice réel du métier avec un public qui a changé profondément dans ses comportements et ses aspirations.” La liste des griefs est longue. Comme le seront sans doute les débats au congrès de Grenoble.

Interrogée par Acteurs publics, la co-secrétaire générale du Snes, Frédérique Rolet, évoque "un débat démocratique ordinaire" lors d'une préparation de congrès. Avant de préciser non sans malice que cette contribution est celle "d'anciens militants plus au fait ni des débats dans la profession ni de ce qu'a défendu le Snes sur l'interdisciplinarité"..