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Sondage exclusif : les Français favorables au service militaire obligatoire et à la garde nationale

8 nov. 2016, PAR Acteurs Publics
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© Ian Langsdon/AP/SIPA

Face à la menace terroriste, plus de 8 Français sur 10 interrogées par l'Ifop pour Acteurs publics et EY se disent favorables à un pacte renforcé entre forces de sécurité et citoyens. Par ailleurs, une large majorité des Français juge primordial de doter les forces de sécurité des dernières technologies. 75 % des Français se disent favorables au rétablissement du service militaire obligatoire


Réalisée deux mois après les attentats du mois de juillet (à Nice, puis à Saint-Étienne-du-Rouvray), l’enquête relative à la sécurité des Français traduit des souhaits très fermes et assumés de la part des personnes interrogées. Le retour du service militaire obligatoire dans la police, la gendarmerie ou encore la sécurité civile, reçoit l’adhésion des trois quarts des interviewés, dont 39 % se disent même tout à fait favorables à une telle mesure. Si les jeunes apparaissent un peu plus en retrait que leurs aînés, ils sont tout de même 62 % à souhaiter un service militaire obligatoire.

La mesure est par ailleurs soutenue à droite comme à gauche de l’échiquier politique (90 % des proches du FN, 80 % de ceux des Républicains, mais aussi 66 % des sympathisants de gauche y sont favorables).

Une autre option recueille un assentiment très majoritaire : 82 % des répondants s’expriment en effet en faveur d’un pacte renforcé entre les forces de sécurité et les citoyens, aboutissant à une véritable “garde nationale” composée de réservistes et de volontaires. Une fois encore, la mesure semble séduire toutes les générations et toutes les composantes politiques de la population, quand bien même l’unanimisme apparaît moins flagrant parmi les proches de la gauche (73 % d’adhésion, contre 91% à droite).

Bémol vis-à-vis du “tout-technologique”

Dans ce contexte de forte mobilisation citoyenne en faveur de la sécurité, la lutte antiterroriste repose d’abord sur certains acteurs professionnels très clairement identifiés par les Français : en premier lieu, les forces de police et de gendarmerie, à qui 69 % des interviewés déclarent faire confiance en la matière, suivies des services de renseignement (54 %). Les soldats de la force “Sentinelle” sont moins souvent cités (38 %), cependant loin devant les citoyens eux-mêmes (23 %), preuve que la sécurité des Français en matière de lutte contre le terrorisme s’appuie avant tout, selon eux, sur les services spécialisés, moins sur la vigilance de chacun.

Quant au rôle des nouvelles technologies en matière de sécurité, pour épauler police, gendarmerie et services de renseignement, il est aussi primordial aux yeux des Français. Ainsi, 93 % d’entre eux estiment qu’elles sont un progrès et qu’il convient de doter les forces de sécurité des dernières techniques d’analyse et d’investigation en cas de vol de données ou de plan d’attaque, une proposition qui recueille même 52 % d’avis “tout à fait favorables”.

Néanmoins, le “tout-technologique” ne constitue pas la panacée pour les interviewés. En effet, 90 % d’entre eux soulignent que ces techniques, bien qu’utiles, ne doivent être utilisées qu’avec précaution, rien ne remplaçant l’humain dans ce domaine. Par ailleurs, 61 % considèrent qu’il faut même s’en méfier, notamment du point de vue de l’entrave aux libertés qu’elles peuvent représenter, ou de la violation de la vie privée qu’elles peuvent entraîner. Ce dernier avis s’avère particulièrement prégnant chez les plus jeunes, puisqu’il recueille 70 % d’adhésion chez les moins de 35 ans (contre 51 % seulement parmi les 65 ans et plus), et chez les proches de la gauche (notamment du Front de gauche, à hauteur de 76 %, contre 54 % seulement à droite).

Damien Philippot,
directeur adjoint du département “Opinion et stratégies d’entreprises” de l’Ifop

Sondage Acteurs publics/Ernst & Young réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) du 12 au 14 octobre 2016.

 

L’expertise d’EY

Les nouvelles technologies à l’appui du renseignement et des forces de sécurité

Les récentes vagues d’attentats qui ont touché la France ont fait prendre conscience de l’importance du renseignement, tant la menace terroriste est masquée et réalisée par des individus difficilement identifiables. Face à ce danger grandissant, il devient primordial de renforcer les techniques d’investigation et de poser le cadre dans lequel la surveillance va être réalisée. Les actions à conduire en matière de renseignement sont multiples et vont de l’infiltration de sociétés secrètes à la surveillance et l’identification de nouveaux sites ou réseaux à visées malintentionnées. Ces actions ne se substituent pas aux actions de terrain, toujours incontournables, mais apportent des moyens de lutte complémentaires sur un autre terrain : la Toile.

En matière d’écoute “passive”, les nouvelles technologies de collecte et de traitement de la donnée représentent un formidable vecteur supplémentaire pour améliorer l’efficacité du renseignement et en assurer une couverture quasi exhaustive. En effet, nous sommes dans un monde hyperconnecté qui permet des échanges instantanés sur de grandes distances (visioconférence, téléphonie mobile, etc.) et en même temps de créer des communautés virtuelles au travers des médias sociaux et sur Internet. Or ces moyens de communication génèrent des données éparpillées sur la Toile et sur les serveurs des hébergeurs et fournisseurs de plates-formes. Impossible à analyser sans un apport technologique adapté et une collaboration étroite avec les fournisseurs d’accès Internet.

Dès lors qu’un opérateur, dûment habilité, dispose d’un accès à l’ensemble de ces données, il peut conduire des analyses poussées, afin de croiser les différentes sources et identifier des scénarios de menaces. En effet, les techniques d’analyse data analytics, avec l’appui d’outils de traitement de grande volumétrie (big data), permettent de détecter des signaux faibles, dans une masse de données très denses et d’établir des corrélations entre événements parfois anodins mais qui, recoupés, permettent de retracer les cheminements ou intentions d’actions malveillantes.

L’une des tendances observées, que retranscrit le sondage Ifop pour Acteurs publics, est la volonté d’une majorité de citoyens de s’impliquer de manière active dans cet effort de vigilance et de défense qui s’impose à tous. Dans l’espace numérique, la remontée d’informations par les citoyens au travers de signalements d’événements suspects ou d’actes malveillants est l’un des dispositifs d’aide au renseignement les plus efficaces sur la durée, lorsqu’il est bien utilisé. Le défi étant de bien structurer la collecte des données, de croiser les informations avec les autres sources de renseignement et d’assurer une précision de l’analyse, au regard des volumes de données récoltées, ainsi qu’à la pertinence de leur interprétation, dans un délai souvent très court.

L’usage de ces nouvelles technologies pour la détection ou le renseignement nécessiterait au préalable une définition des événements ou données d’intérêt, la caractérisation des signaux faibles, le positionnement de seuils de déclenchement d’alertes et la définition de cas d’usages. En matière de renseignement, cela consisterait à bien identifier les catégories d’individus à surveiller et les comportements pouvant induire une attaque prochaine. La décision d’agir resterait au niveau humain.

De telles avancées pourraient évidemment induire des risques de dérive si l’usage des moyens technologiques, dans un futur proche, était étendu à la surveillance des données de communication à l’ensemble de la population. Crainte légitime de la population de l’instauration d’une culture permanente, et sans garde-fous, de type “Big Brother”.

Il devient, de fait, critique d’imposer un cadre de respect de la vie privée des citoyens qui soit pris en compte lors de la prise de décision. Il existe déjà en France la Commission nationale de l’informatique et des libertés, autorité de contrôle en matière de protection des données personnelles, qui impose des exigences strictes quant au traitement de ces données. À ce titre, le nouveau règlement européen (General Data Protection Regulation, ou GDPR) va renforcer davantage la protection des données personnelles. Tout l’enjeu des années à venir résidera dans une véritable application du GDPR et des sanctions qu’il prévoit afin d’établir et de pérenniser la confiance des citoyens dans l’univers numérique.

Marc Ayadi, associé EY en charge de l’offre cyber (sécurité, technologie et data),
et Laurent Peliks, directeur associé EY responsable de l’offre cyber pour le secteur public