Quantcast

Piqués au vif, les magistrats répondent à François Fillon

2 mars 2017, PAR Soazig Le Nevé
  • 03
    MIN
  • 0

Bertrand Louvel, Premier président de la Cour de cassation - Witt/SIPA

Les nouvelles accusations portées par le candidat contre la justice, qui orchestrerait son “assassinat politique”, ont provoqué une levée de boucliers chez les syndicats de la magistrature. Les représentants de la cour d’appel de Paris et de la Cour de cassation sont aussi sortis de leur réserve pour riposter.


Cette fois, c’en est trop : dans cette “atmosphère survoltée” de la campagne présidentielle, la Cour de cassation [lire le communiqué], rejointe par la cour d’appel de Paris, ont tenu à rappeler le principe de l’indépendance de la justice aux candidats à l’Élysée François Fillon et Marine Le Pen.

La candidat LR, François Fillon, annonçant devant la presse le 1er mars sa convocation en vue d’une mise en examen, a en effet accusé la justice de perpétrer son “assassinat politique”. Marine Le Pen, pour sa part, n’a eu de cesse de dénoncer “l’instrumentalisation de la justice” dont elle ferait les frais à travers plusieurs enquêtes la visant, elle et son parti.

“Face aux récentes mises en cause de l’action de la justice, les chefs de la cour d’appel de Paris rappellent que les magistrats ont le devoir de rechercher la vérité selon les règles du code de procédure pénale, dans le respect des principes de la présomption d’innocence et du contradictoire”, déclarent dans un communiqué du 2 mars Chantal Arens, Première présidente, et Catherine Champrenault, procureure générale de la cour d’appel de Paris.

Nul besoin de soutiens

C’est dans le ressort de la cour d’appel de Paris que des juges mènent actuellement l’enquête sur les affaires d’emplois fictifs présumés concernant le candidat de la droite à l’élection présidentielle, mais aussi le Front national. “Notre Constitution, fondée sur la séparation des pouvoirs, garantit l’indépendance des magistrats afin qu’ils exercent leurs missions dans la sérénité et dans le respect du principe de l’égalité de tous devant la Loi”, écrivent encore les deux magistrates.

La veille au soir, le 1er mars, les deux chefs de la Cour de cassation, plus haute juridiction française, ont également tenu à faire une mise au point : “Les magistrats suivent leur rythme en toute indépendance” et “ont le devoir de ne pas s’engager publiquement dans le débat électoral”, ont rappelé Bertrand Louvel, Premier président, et Jean-Claude Marin, procureur général, dans un communiqué.

Et d’ajouter : “La Justice n’encourt pas plus les reproches outranciers qui lui sont faits qu’elle n’a besoin de soutiens d’où qu’ils viennent.” Allusion plus que transparente à la critique qu’aurait – en son temps – portée François Hollande contre “la lâcheté” des magistrats, comme le rapportait en octobre 2016 le livre des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme Un président ne devrait pas dire ça (éditions Stock).

Situation inédite

À l’issue des déclarations de François Fillon, le chef de l’État a affirmé qu’“une candidature à l’élection présidentielle n’autorise pas à jeter la suspicion sur le travail des policiers et des juges”. Pour sa part, le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a assuré que “les juges d’instruction conduisent leurs enquêtes en toute indépendance”.

Du côté des syndicats de magistrats, la lassitude pointe face à des attaques répétées, qui interviennent dans un contexte inédit où pour la première fois, deux candidats à la présidentielle se retrouvent, en même temps, dans le viseur de la justice. “On met en cause le fonctionnement de la justice pour éviter de poser les questions de fond, soupire Virginie Duval, présidente du syndicat majoritaire, l’Union syndicale des magistrats. Soit ça va trop vite, soit ça ne va pas assez vite. De toute façon, ça ne va jamais bien.”

(avec AFP)