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“La baisse des contrats aidés va pénaliser les services hospitaliers”

12 sept. 2017, PAR Sylvain Henry
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La baisse des emplois aidés est un “coup de rabot” qui balaye le travail accompli par les directeurs des ressources humaines pour favoriser l’insertion professionnelle, s’agace Jean-Luc Barbot, président de l’Association pour le développement des ressources humaines dans les établissements sanitaires et sociaux. Une baisse qui va pénaliser certains services hospitaliers, regrette-t-il. 


Quelles seront les conséquences de la baisse du nombre de contrats aidés pour les établissements publics de santé ?
Quand on sait que nous employons aujourd’hui environ 25 000 emplois aidés, on mesure les impacts de leur diminution sur le fonctionnement de nos établissements, même si le recours à ce dispositif est assez inégal selon les établissements. Il faut souligner que la moitié environ de ces employés travaillent aujourd’hui dans des maisons de retraite qui vont également connaître des réductions de crédits, ce qui a très justement conduit le président de la Fédération hospitalière de France [Frédéric Valletoux, ndlr] à parler de “double peine” pour un secteur dont les besoins ne cessent de croître.  Concrètement, et si les mesures sont confirmées, les dirigeants hospitaliers vont avoir le choix entre deux mauvaises solutions : soit transformer les contrats aidés en contrats “classiques” – ce qui va peser sur la masse salariale et dans certains cas empêcher de nouveaux recrutements –, soit mettre fin aux contrats aidés, avec pour les intéressés la perspective d’aller, ou de retourner, à Pôle emploi.

Des services aux usagers pourraient-ils être compromis ?
Pas en ce qui concerne directement les soins. Mais la prise en charge hospitalière fait aussi appel à d’autres fonctions techniques, logistiques, administratives, sur lesquelles sont en général affectés les contractuels en emploi aidé. Contrairement à ce qui a été dit, ces emplois ne sont pas “inefficaces” : ils sont au contraire utiles et leur diminution, voire leur disparition, ne pourra que contribuer à pénaliser ces services. Quant au secteur des personnes âgées, chacun sait que les moyens en personnel sont souvent insuffisants : la présence des emplois aidés est précieuse pour les équipes ; elle est aussi appréciée par les résidents.

Demandez-vous des compensations ?
Pas à ce stade. Comme beaucoup de responsables des collectivités locales et du secteur associatif, nous trouvons regrettable la manière avec laquelle les mesures ont été annoncées au cœur de l’été. Nous avons aussi l’impression qu’elles correspondent à un nouveau coup de rabot sans prendre en compte les réalités de terrain et le travail accompli par les DRH pour permettre à des jeunes (ou des moins jeunes) de découvrir un métier et de s’insérer dans un cadre professionnel. Aussi, ce que nous souhaitons, c’est un moratoire dans l’application de ces mesures, et ce dans l’attente d’un dispositif de substitution. Nous avons bien noté, et nous nous en réjouissons, la volonté récente du gouvernement de temporiser vis-à-vis des collectivités locales afin de “sauver” la rentrée scolaire : mais à l’hôpital, la rentrée, c’est tous les jours !

Que répondez-vous au gouvernement, qui justifie cette baisse par les effets limités en matière d’emplois pérennes ?
Que le mieux est l’ennemi du bien et qu’on ne remet pas en cause du jour au lendemain, sans concertation et sans évaluation, un dispositif sous prétexte qu’il ne donne pas entière satisfaction ! Nous connaissons bien les limites des emplois aidés qui s’adressent, il faut le rappeler, à une catégorie de la population souvent très éloignée de l’emploi. Le bilan est forcément contrasté, mais on peut considérer, s’agissant des emplois d’avenir, que nous accompagnons environ 25 % des agents vers une formation diplômante et davantage encore vers une formation qualifiante. Ne regarder que le nombre de recrutements pérennes au terme de la période “aidée” est une vision réductrice qui semble méconnaître tout le travail réalisé dans les établissements pour favoriser l’employabilité des jeunes en les formant, en leur donnant une qualification et en les insérant dans un milieu professionnel.

Les emplois aidés seraient, dites-vous, un atout dans la lutte contre les discriminations et en faveur de l’égalité des chances. Ne faudrait-il pas pour cela repenser plus largement la gestion des ressources humaines (recrutement, diversité, formation…) dans l’ensemble de la fonction publique ?
Certes, tout est perfectible, mais la fonction publique, et notamment l’hospitalière, n’a pas à rougir en ce qui concerne la GRH, de la comparaison avec d’autres secteurs, étant bien précisé qu’une partie importante de nos recrutements se fait par concours, notamment pour le personnel diplômé, ce qui est encore, me semble-t-il, la meilleure manière de garantir l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi. Par ailleurs, le FIPHFP [Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique, ndlr] propose des dispositifs innovants pour l’accueil des travailleurs en situation de handicap. L’Association nationale pour la formation hospitalière (ANFH) propose également aux hôpitaux des programmes dédiés aux professionnels ayant de faibles qualifications.
Pour en revenir aux contrats aidés, leur mise en place depuis maintenant une vingtaine d’années a bien marqué l’implication des DRH hospitaliers, en lien avec les structures locales d’insertion, dans une politique permettant de remédier aux difficultés d’accès au marché de l’emploi qui touchent plus particulièrement les jeunes non-diplômés : il s’agit  ni plus ni moins que de les aider, notamment par la formation, à briser le cercle vicieux du chômage et de l’exclusion pour entamer un parcours parfois long et difficile d’intégration ou de retour à un emploi durable.