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La présidente des jurys de l’ENA suggère de faire plus de place au troisième concours

1 mars 2018, PAR Pierre Laberrondo
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(c) Vincent Baillais

“Compte tenu de l’intérêt pour l’administration d’accueillir des profils nouveaux, il pourrait être envisagé d’augmenter le nombre de places au troisième concours”, écrit Michèle Kirry, ancienne directrice des ressources humaines des ministères sociaux et de la police nationale, dans son rapport sur les 3 concours de l’année 2017.


Une suggestion qui risque de faire débat au sein de l’énarchie : faire un peu plus de place au troisième concours. L’École nationale d’administration (ENA) vient de rendre public le rapport de la présidente du jury des 3 concours de l’année 2017 (externe, interne et troisième concours), Michèle Kirry. Un guide incontournable à l’adresse des futurs candidats aux concours d’entrée à l’ENA. Cette année, la présidente – qui change tous les ans – a décidé d’aborder, entre autres choses, un sujet sensible : la répartition des places entre les 3 concours.

Pour rappel, 40 places étaient ouvertes au concours externe (accessibles à tous, avec une moyenne d’âge des admis de 24 ans) ; 32 places l’étaient au concours interne, accessible aux agents publics justifiant d’au moins quatre années de service (avec une moyenne d’âge de 34 ans cette année) ; et 8 places au troisième concours, qui s’adresse à un public plus expérimenté (au moins huit ans d’expérience professionnelle).

La sélectivité en question

Les admis à ce troisième concours étaient âgés en moyenne de 33 ans. Le taux de sélectivité du concours externe baisse de 1/15 à 1/13, retrouvant les bas niveaux de 2008-2009. La sélectivité du concours interne “remonte de façon mécanique par la perte de 6 places [ouvertes, ndlr] par rapport à l’an passé. Il reste néanmoins bas à 1/7 (1/6 en 2016 et 2015) car le nombre d’inscriptions baisse, indique Michèle Kirry. Le taux de sélectivité du troisième concours “retrouve le niveau de 2015” avec 1/8 (1/6 en 2016), “grâce à l’effet combiné de la perte d’une place et d’une dizaine de candidats supplémentaires en salle au dernier jour des épreuves par rapport à 2016”.

“Compte tenu de l’intérêt pour l’administration d’accueillir des profils nouveaux, il pourrait être envisagé d’augmenter le nombre de places au troisième concours”, écrit Michèle Kirry en faisant valoir la richesse des profils constatée cette année parmi les candidats à ce concours. En 2017, les origines professionnelles des lauréats du troisième concours gravitent une nouvelle fois autour des métiers du conseil (2 consultants), de l’audit (un contrôleur de gestion) et de la banque, avec 2 admis. Mais quelques profils un peu moins conventionnels ont aussi réussi à franchir la course d’obstacles, avec parmi les 8 reçus, 2 intermittents du spectacle et un cadre de la SNCF resp onsable des relations extérieures et de la concertation.

Communication à revoir ?

“Compte tenu de la diminution importante des inscrits, surtout au concours externe, la question de la communication sur les carrières offertes à la sortie de l’école se pose également”, juge Michèle Kirry, haute fonctionnaire elle-même issue de l’ENA. Pour la présidente du jury, le profil des candidats admis montre clairement qu’étudier à Paris familiarise plus avec ce concours et que la filière des instituts d’études politiques (IEP) est plus représentée que les filières universitaires. “Il devient sans doute nécessaire, si l’école veut maintenir son niveau d’attractivité, de communiquer différemment et davantage sur les métiers de la haute fonction publique”, préconise l’ancienne directrice des ressources humaines des ministères sociaux et de la police nationale.

Pour le reste, les observations ne sont pas foncièrement nouvelles, même si la présidente se refuse à “dénoncer uniformément le « formatage » des candidats” à l’occasion des épreuves d’admissibilité.

Réflexion de fond et regard critique

Le rapport note aussi une charge émotionnelle palpable chez une grande majorité des candidats à l’épreuve d’admission de l’entretien. “Les connaissances techniques ayant été testées et validées par l’admissibilité, les candidats doivent absolument s’autoriser à prendre le risque d’être eux-mêmes”, insiste la présidente. Et Michèle Kirry de donner un petit conseil aux futurs aspirants : la meilleure préparation consiste “sans doute” à mener une vraie réflexion “sur les raisons qui ont poussé à préparer ce concours, à réfléchir à son parcours antérieur, à ses aspirations mais aussi à ses questionnements, au modèle de management auquel on voudrait correspondre, et à prendre l’habitude d’un regard critique sur les questions d’actualité”.

Comme l’année précédente, le rapport indique que les membres des jurys des épreuves d’admission avaient été formés pendant une demi-journée par un cabinet spécialisé dans le recrutement à la lutte contre la discrimination et au respect de l’égalité de traitement entre les candidats.