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Le directeur des Beaux-Arts de Paris écarté sur fond de tensions sociales

9 juil. 2018, PAR Shahinez Benabed
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Yann Bohac/SIPA, octobre 2017.

La prestigieuse école d’arts plastiques, située face au musée du Louvre, en plein cœur du quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés, a vu son climat social se dégrader au cours des derniers mois.


Le ministère de la Culture a annoncé, vendredi 6 juillet dernier dans un communiqué, que l'actuel directeur de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris depuis 2015, à savoir Jean-Marc Bustamante, devrait quitter ses fonctions en septembre, soit à la fin de son mandat de trois ans.

Cette annonce intervient alors que ce dernier, âgé de 66 ans, ne pourra être “prolongé au-delà de sa date de départ à la retraite en mars 2019”, indique le ministère. Et malgré “des avancées significatives et des projets structurants (situation financière de l’école saine, création d’une classe préparatoire intégrée, labellisation Musée de France)”, selon le communiqué, il est “apparu que l’ampleur des sujets à traiter au sein de l’école, la nécessité d’un nouveau projet d’établissement fédérateur et mobilisateur pour l’ensemble des équipes, demandaient un temps que l’actuel directeur ne pourrait pas y consacrer”.

Par ailleurs, la prestigieuse école d’arts plastiques, située face au musée du Louvre, en plein cœur du quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés, a vu son climat social se dégrader au cours des derniers mois. “Les tensions s’étant cristallisées autour de la question de la prise en compte par le directeur des violences sexuelles et sexistes au sein de l’établissement”, est-il précisé dans le communiqué.

“Enfariné”

Rappelons que l’intersyndicale (Snac-FSU et SUD Culture) avait relevé, le 2 juillet, des témoignages de “violences morales, harcèlements et discriminations (…) recueillis par les collectifs d’étudiants ou les organisations syndicales de l’établissement, ainsi que l’assistante sociale du Crous”. En mars, ladite intersyndicale avait également rendu publiques “7 plaintes pour injures racistes avec harcèlement”, déposées par des employés de l’entreprise de nettoyage Organet, contre un ou une supérieure hiérarchique au sein de cette société. Les syndicats dénonçaient alors l’inertie de la direction de l’école.

“Le climat est tel que, lors de la soirée de vernissage de l’exposition des diplômés, le 28 juin, Jean-Marc Bustamante a été victime d’actes inacceptables de la part de plusieurs étudiants, le directeur ayant en effet été enfariné”, explique le ministère.

Face à cette situation, Jean-Marc Bustamante a déploré sa mise à l’écart dans les colonnes du Figaro jeudi dernier. Il a rapporté avoir été reçu par la directrice de cabinet de la ministre Françoise Nyssen (Laurence Tison-Vuillaume), qui lui aurait dit que cette dernière “était agacée par les Beaux-Arts de Paris”. “J’étais stupéfait. Je venais chercher du soutien, j’ai été révoqué. (…) J’ai essayé de lutter contre cette frilosité, cette inertie administrative qui étiole les Beaux-Arts de Paris. Ils préfèrent se débarrasser de moi”, a-t-il déclaré au quotidien.

Le processus de recrutement d’un nouveau directeur ou d’une nouvelle directrice a été lancé.

Enseignant aux Beaux-Arts de Paris depuis 1996

Né à Toulouse en 1952, Jean-Marc Bustamante est un artiste français. Notamment enseignant aux Beaux-Arts de Paris depuis 1996 et membre de l’Académie des beaux-arts, il a débuté une carrière dans la photographie dans les années 1970 en tant qu’assistant du photographe et cinéaste William Klein, après avoir initié des études d’économie.

Le futur ex-directeur des Beaux-Arts avait ensuite collaboré aux côtés du sculpteur Bernard Bazile, à partir de 1983, avant de choisir de poursuivre seul son travail à partir de 1987. À la fois photographe, sculpteur et peintre, il a par ailleurs exposé ses travaux dans le monde entier, notamment au musée d’Art moderne de la ville de Paris, à la Tate Gallery à Londres ou encore au Palais des beaux-arts à Bruxelles.