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Une volonté nationale pour entrer durablement dans la transformation des systèmes de production

8 mars 2018, PAR
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Philippe Mauguin est président de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

Il y a quelques jours, s’achevait le Salon international de l’agriculture, où il a été beaucoup question d’agriculture sans pesticides. Quel rôle l’Inra joue-t-il dans cette transition annoncée?

L’agriculture est en effet en pleine mutation. Pour faire face aux défis à relever, l’Inra conduit des recherches interdisciplinaires autour d’une priorité : l’agroécologie, pour produire autant mais plus écologiquement, tout en restant rentable. Qu’il s’agisse de produits « phyto » utilisés sur les productions végétales ou des antibiotiques dans les élevages, la réduction des intrants de synthèse est aujourd’hui un objectif majeur. À l’Inra, nous travaillons à la conception de systèmes de production innovants pour protéger durablement les cultures et les animaux. Et pour y parvenir, nous pouvons nous appuyer sur trois leviers principaux : la génétique, le bio­contrôle, les pratiques agronomiques. 

Quelles sont les pistes de recherche qui semblent prometteuses ? Quelles sont les solutions innovantes que l’Inra a permis de développer ?

Avec le biocontrôle, secteur en plein essor, on dispose de nombreuses pistes de solutions pour maîtriser les bioagresseurs et réduire fortement l’usage des pesticides. On compte, à l’Inra, de belles réussites dans ce domaine. Parmi elles, les trichogrammes, utilisés contre la pyrale du maïs ou le cynips du châtaignier. Il s’agit de microguêpes qui neutralisent les œufs des ravageurs. Les chercheurs de l’Inra développent également des solutions de biocontrôle utilisant la confusion sexuelle ou la communication chimique. Dans ce domaine du biocontrôle et pour coordonner les efforts des acteurs de la recherche et de l’innovation, l’Inra a créé en 2015 un consortium fédérant 50 partenaires publics et privés.

Les pratiques agronomiques – via les successions culturales ou l’utilisation des cultures intermédiaires – couplées au développement d’agroéquipements adaptés, constituent des pistes réelles d’alternatives à l’utilisation de produits phyto.

Enfin, la génétique et le développement de variétés résistantes à certaines maladies constituent une stratégie d’avenir. Dans le domaine de la viticulture, nos travaux ont déjà permis de mettre au point des cépages possédant une résistance durable aux principales maladies fongiques de la vigne (mildiou et oïdium). Le potentiel à quinze ans est de réduire de 80 % l’utilisation des « phyto » en viticulture. Notre stratégie a pour objectif d’utiliser durablement les différentes sources de résistance au service de la viticulture française. 

Cette question de l’agriculture agroécologique se pose au-delà de nos frontières. Quelles sont les perspectives de recherche et de transfert, en France et à l’international ?

On note une volonté nationale marquée pour entrer durablement dans cette transformation des systèmes de production. Preuve en est le consensus général entre les acteurs des états généraux de l’alimentation pour dire que l’agroécologie est la voie de l’avenir de l’agriculture. Il est essentiel de capitaliser sur cette dynamique à tous les niveaux, d’accélérer la recherche, tout en accélérant aussi le volet transfert. De nombreuses collaborations existent avec les instituts techniques, les chambres d’agriculture et les acteurs des territoires, que nous allons renforcer pour accélérer la diffusion des solutions nouvelles.

Bien sûr, les enjeux dépassent nos frontières, c’est pourquoi l’Inra a une stratégie de développement et de renforcement des coopérations à l’international, avec des pays stratégiques (Chine, Inde…). Nous œuvrons également pour que l’agroécologie et plus généralement les recherches en sciences agricoles aient toute leur place dans le prochain programme cadre de recherche européen en cours de définition.

Sylvain Henry